Un crêpage de chignon au début du 18e siècle

La Marquise de T*** s’était sentie insultée par une satire anonyme en vers, qu’elle attribuait à Madame de L***.

Un premier incident eut lieu à l’église : « La Marquise escortée de ses laquais s’étant rendue à l’église de l’Abbaye de Gomerfontaine, pour y entendre le Panégyrique de Saint Bernard, y trouva la Dame de L*** placée. Elle affecta d’aller droit à elle, et la trouvant levée pour la saluer, elle la poussa hors de sa place et s’y assit.
On devine sans peine que la Dame de L***, ne pouvant pas l’emporter par la force, se soulagea par des injures, ce qui donna lieu à la Marquise de la traiter de petite bourgeoise et de la menacer de la faire maltraiter par le Marquis son époux. Comme elle n’avait point les agréments de la Dame de L***, celle-ci lui donna une épithète qui annonce une femme complaisante et officieuse pour des amoureux. »

Quelques temps plus tard, « la Dame de L*** voulut rendre une visite à cinq quarts de lieues de sa Terre. La Marquise, qui avait des espions, fut bientôt avertie de ce dessein. Elle parti dans un carrosse à six chevaux, suivie de quatre hommes à cheval armés d’épées et de pistolets, et de trois laquais en livrées et trois autres sans livrées derrière le carrosse. »

Elle rejoint l’équipage de la Dame de L*** et le force à s’arrêter.

Alors, « deux laquais qui étaient derrière le carrosse de la Marquise descendirent comme des furieux, ouvrirent les portières du carrosse de la Dame de L***, se saisirent d’elle et de la femme de chambre, et les firent descendre malgré elles.
Je tirerai le rideau sur toutes les indignités qu’ils firent ; ils ne commirent pourtant point les dernières violences contre l’honneur de la Maîtresse et de la femme de chambre. »

La Dame de L*** porta plainte.

Une question juridique se posait : Si des outrages faits à la pudeur d’une Dame, quoiqu’on n’en vienne pas aux derniers excès, sont punissables d’une peine infamante.

Le défenseur de la Marquise de T*** plaida entre autres, que la Satire attribuée à la Dame de L*** était «une injure plus grande, qui fait plus de tort à l’honneur d’une Dame, que la violence la plus qualifiée, parce que la première attaque la conduite et les mœurs, et porte une atteinte mortelle à son honneur, au lieu que l’autre n’attaque que le corps, sans blesser la réputation. »

La partie adverse objecta à ce dernier point que l’offense subie par la Dame de L*** « était un attentat formel à son honneur. Car le supplice qu’on lui a fait souffrir la rend méprisable. L’estime qu’on a pu avoir de sa vertu ne s’affaiblit point, mais on s’imagine qu’elle est couverte d’une espèce d’opprobe qu’a fait rejaillir sur elle l’insulte humiliante qu’on lui a faite. C’est un déshonneur qu’on lui a procuré malgré elle, et que les hommes lui laissent malgré eux ; ils ne peuvent guérir là-dessus leur imagination, quoique la raison les condamne. »

Quels furent les autres arguments employés ? Que décida le jugement ? Comment trancha-t-il la question subsidiaire, dont pouvait dépendre la sévérité de la peine, à savoir si l’on se trouvait en présence d’un crime public ou d’une injure privée ?

La réponse se trouve dans le recueil Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées, compilé et excellemment commenté par Gayot de Pitaval.

Vous y apprendrez également

  • pourquoi, au XVIIIe siècle, il était juridiquement possible de créer une Société en association avec Dieu
  • si l’indignité présumée d’une demoiselle l’empêche de recevoir ce qui lui a été légué par testament
  • comment plaider en cas de mariage mal assorti
  • ce qu’il faut faire si vous êtes une jeune fille faussement réputée hermaphrodite.

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[Gayot de Pitaval]

Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées. Tome IV

Paris, Veuve Delaulne, 1734.
Un volume 17 x 10 cms. 476 pages.
Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Plats armoriés.
Reliure frottée, mors fendus jusqu’au premier et dernier nerf. Manque pages de garde. Petite déchirure en bas de la dernière page de la Table des matières. Texte très frais.

Contient : Histoire de Madame Tiquet condamnée pour avoir entrepris de faire assassiner son mari – Legs d’un testateur marié, fait à une Demoiselle, cassé et annulé à cause de l’indignité présumée de la légataire – Juges prévaricateurs punis – Cause de Dieu, ou Société qu’un homme contracta avec Dieu, exécutée – Si des outrages faits à la pudeur d’une Dame dans un lieu public par des voies de fait, quoiqu’on n’en vienne pas aux derniers excès, sont punissables d’une peine afflictive et corporelle, ou du moins simplement infamante – Mémoire pour Dame Anne-Christine G** contre Messire Romain de K*** son mari, avocat au Conseil Souverain d’Alsace, pour mariage mal assorti – Fille réputée faussement hermaphrodite – Différent entre un Bailli et un Procureur du Roi.

60 €

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