Abracadabrantès

Napoléon 1er l’a traitée de « petite peste », peut-être parce qu’elle prétend qu’il trichait aux cartes.

Ou bien pour ses portraits, comme celui de la duchesse de Mazarin : « C’était une belle personne, mais immense, et disposant tellement de son gros individu que rien n’en était perdu pour la disgrâce. Par sa nature, elle avait habituellement le visage très coloré ; dans les moments où il l’était le plus, elle mettait toujours une robe rose pâle ou bleu céleste. Sa manière de s’habiller n’était pas la partie la moins ridicule de sa personne… Son ameublement, qui était des plus magnifiques, était toujours en désaccord sur quelques points. »

Théophile Gautier l’avait surnommée « La duchesse d’Abracadabrantès ». Sans doute pour sa capacité à propager, en les amplifiant, les ragots les plus saugrenus, comme par exemple la soumission (!) de Robespierre à Catherine Théos, qui se prétendait la Mère de Dieu.

Laure Junot d’Abrantès (1784-1838) a eu une vie de hauts et de bas, amoureux, financiers et littéraires.

Un temps maîtresse du jeune Balzac, elle publie, avec son aide, des Mémoires historiques qui auront un grand succès.

Un temps intime de Bonaparte, elle soutient ensuite la Restauration, avant de regretter l’Empire.

Elle tient épisodiquement Salon, quand ses moyens financiers le lui permettent, ce qui ne dure jamais longtemps, vu sa légendaire prodigalité.

Avec son Histoire des Salons de Paris, elle continue sous une autre forme ses Mémoires.

Ce ne sont plus ceux que l’on pourrait appeler les grands salons, où culminait l’esprit du 18e siècle.

Du temps a passé. C’est plus pâle, mais encore un peu vivant. On s’y remet de la Révolution, ou bien l’on regrette la royauté, puis l’on soutient l’Empire, tout en étant vaguement girondin – si l’on avait pu choisir, on aurait peut-être toléré ceux-là – en rappelant bien que Condorcet était Marquis.

La plume est alerte. Se succèdent un portait de Necker, un autre de Madame de Staël, l’épisode dramatisé de la mort de Condorcet, la lecture d’une pièce de Camille Desmoulins chez Robespierre, les débuts de Napoléon comme Premier Consul, tous les épisodes de son divorce d’avec Joséphine de Beauharnais…

Si elle donne tous les détails de la lutte entre le Salon de Madame de Polignac, au service de Marie-Antoinette, contre le Salon de Madame de Coigny, elle oublie de préciser que le Salon de Madame Sainte-Amaranthe n’était rien d’autre qu’une maison de jeux, puis un foyer contre-révolutionnaire.

C’est un ouvrage d’ambiance, et non d’histoire, parsemé de  réflexions parfois pertinentes :

  • « Nous sommes légers dans ce qui est sérieux, sérieux dans ce qui est léger. »
  • « Les philosophes étaient gens de bien en général, et leurs intentions étaient pures. Ils étudiaient l’homme : c’était lui, c’était la nature qu’ils étudiaient. […] Le dix-septième siècle a été celui de l’imagination, et le suivant celui de la vérité. »
  • « Je crois que la philosophie a amené la Révolution, mais je nie qu’elle ait fait ses malheurs. »
  • « Bonaparte comprit qu’il fallait réorganiser le système sociable pour arriver au système social. »

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Histoire des Salons de ParisDUCHESSE D’ABRANTÈS

Histoire des salons de Paris, tableaux et portraits du grand monde, sous Louis XVI, le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis Philippe Ier. 6/6
Paris, Ladvocat, 1837 et 1838, troisième édition (deuxième édition pour les tomes IV et VI).
6 volumes 22,5 x 14 cms.
406 + 415 + 426 + 397 + 395 + 395 pages non rognées. Reliure cartonnée verte uniforme, dos plat, titres et tomaison dorés. Couvertures originales conservées. Quelques rousseurs.

Contient :
TOME I : Introduction ; Salon de Madame Necker (1787) ; Salon de Madame de Polignac ; Salon de Monseigneur de Beaumont, archevêque de Paris ; Salon de Madame la duchesse de Mazarin ; Les Matinées de l’abbé Morellet.
TOME II : Salon de Madame Roland ; Salon de Madame de Brienne et du Cardinal de Loménie ; Salon de la duchesse de Chartres, au Palais-Royal ; Salon de la comtesse de Genlis ; Salon du marquis de Condorcet ; Salon de Madame la comtesse de Custine ; L’Atelier de Madame de Montesson, à Bièvre ; Salon de Madame de Staël, ambassadrice de Suède.
TOME III : Une lecture chez Robespierre ; Salon de Robespierre ; Salon de Madame de Sainte-Amaranthe ; Bal des victimes (Janvier 1795) ; Salon de Barras à Paris et à Grosbois ; Salon de François de Neufchâteau ; Salon de Madame de Staël sous le Directoire ; Salon de Seguin (An VII et an VIII) ; Salon de Lucien Bonaparte comme député et ministre de l’Intérieur (1798).
TOME IV : Salon de Madame de Montesson, à Paris et à Romainville ; Salon de Madame de Genlis, à l’Arsenal ; Salon de la Gouvernante de Paris (1806 à 1814).
TOME V : Salon de l’Impératrice Joséphine ; Salon de Cambacérès, sous le Consulat et l’Empire ; Salon de la duchesse de Bassano.
TOME VI : Salon de M. de Talleyrand ; Salon des princesses de la famille impériale ; Salon de Madame Récamier (en 1800) ; Salon de Madame Regnault à Saint-Jean-d’Angély ; Salon de la duchesse de Luynes.

225 €

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