L’Émoi, de Jean Viollis

Mademoiselle Aline ne s’est jamais mariée. Elle vit entre sa chatte et le souvenir de sa sœur.
« Elle aimait à s’alanguir, l’esprit tranquille, s’abandonnant à l’imprécise volupté de clore ses yeux et de s’oublier. »

Ses souvenirs et ses sensations, légères et évanescentes, lui suffisent.
« Elle aimait les fruits ; elle savourait une sûre joie à presser contre son palais, avec sa langue, le fondant onctueux des poires, à sentir fuir entre ses dents l’acidulé parfum des pommes. Et quand elle mangeait un fruit, c’était une allégresse primitive qui se levait au fond d’elle, un souvenir d’antiques époques qu’elle n’aurait point connues, et dont l’émotion subsisterait encore à la limite de l’oubli, intime et sans vouloir mourir. »

Mais un soir, elle doit loger l’officier d’un régiment de passage. Il ne fait que dîner et dormir, mais sa présence, sa vitalité, et « le désolant hasard de paroles communes et pourtant décisives » lui font prendre pour la première fois conscience de sa vieillesse et de sa solitude.

« Elle revit la lourde face, les courtes mains. Il est des gens dont le destin dépasse la noblesse, et le hasard joue avec eux comme un ironique montreur de marionnettes. »

Et brusquement, tout bascule :
« On s’aperçoit tout d’un coup qu’on n’a pas su vivre. […] Et Mademoiselle, doucement, sanglota d’un amour sans but et sans fin. […] Elle était jetée hors de la loi d’amour, hors de l’existence. Quel inconnu péché de civilisation ou d’imposture pesait sur le coeur de sa race au point d’en assoupir le battement normal et sain ? […] Elle restait debout, frissonnante, meurtrie, devant le ciel qui se dorait et défaillait au crépuscule. »

Ce conte, tout en notations subtiles et pleines d’empathie, est dû à Jean Viollis (1877-1932). Au civil Henri d’Ardenne de Tizac, il fut Conservateur du Musée Cernuschi, et le mari d’Andrée Viollis, journaliste spécialisée dans les grands reportages, engagée à gauche et résistante.

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VIOLLIS Jean

L’Émoi, illustrations d’A. Calbet.

Paris, Borel, Collection Édouard Guillaume, Lotus Bleu, 1897.

Un volume 14 x 7,5 cms. 80 pages. Double suite des hors-texte en sanguine à la tête de l’ouvrage.

Pleine reliure cartonnée beige, dos lisse avec pièce de titre rouge collée. Couverture originale conservée.
Très bon état malgré quelques piqûres en marge supérieure de quelques pages. Une deuxième page de titre illustrée est reliée entre les pages 8 et 9.

35 € + port

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