Strasbourg pendant la Révolution

Eugene Seinguerlet (photo BNU)

Eugène Seinguerlet (1827-1887), historien et fondateur de la Revue Alsacienne, est d’opinion Montagnarde, et ne s’en cache pas.

Son livre, Strasbourg pendant la Révolution, apporte un éclairage détaillé sur les événements, et montre que la Révolution ne s’y est pas déroulée tout à fait comme ailleurs.

1) Strasbourg est une ville-frontière

Ancienne République souveraine, Strasbourg est française depuis 1681, après un siège mené par Louis XIV. Passée au statut de simple chef-lieu de département, la ville fait face non seulement à l’Empire allemand, mais aussi aux nombreux foyers d’émigrés qui y ont trouvé refuge.

La situation se complique du fait des possessions alsaciennes des Princes allemands. Leurs domaines, bien que situés en France, sont soumis aux droits féodaux allemands. Les Princes refusent, pour des raisons idéologiques, les indemnités proposées par la France. L’affaire se termine par une déclaration de guerre impulsée en avril 1792 par Louis XVI, et par le séquestre de ces biens. [un article très détaillé sur le sujet se trouve ici]

Ici commence le pays de la Liberté

Cette situation géographique explique sans doute le nombre important de visites effectués par différents Représentants du Peuple en mission, délégués par l’Assemblée puis par la Convention Nationale.
La plus célèbre reste celle de Saint-Just et Lebas, d’Octobre à Décembre 1793, en appui de l’Armée du Rhin. Cette mission se termine après la victoire militaire de Landau fin décembre 1793. Entre temps, les administrations locales ont été cassées,  un emprunt forcé de 9 millions décrété,  chaussures et vêtements ont été réquisitionnés.

2) Les questions linguistiques

La Fête de la Fédération à Strasbourg en 1790 (source : BNU)Jusqu’en 1789, l’allemand est la langue officielle de la Municipalité. Seul un habitant sur 300 parle le français. La Société des Amis de la Constitution, autrement dit le Club des Jacobins, tient ses séances alternativement en allemand et en français. Mais les Jacobins parisiens ne veulent pas de particularisme dans la France nouvelle. Il s’agira donc de « franciliser » l’Alsace, entre autres par la création d’un enseignement élémentaire en langue française. Ou par l’Arrêté de Saint-Just du 15 novembre 1793 : « Les citoyennes de Strasbourg sont invitées à quitter les modes allemandes, puisque leurs cœurs sont français. »
Même après la chute de Robespierre, le Représentant Foussedoire, après avoir destitué le maire, déclarera « qu’il serait néanmoins dangereux, dans les circonstances actuelles, de confier les fonctions de maire à un indigène. »

3) Le Droit local

De par le Traité qui la réunissait à la France, la Ville de Strasbourg avait gardé ses institutions particulières, découlant fortement du Droit allemand. Leurs deux caractéristiques étaient d’une part leur complexité (similaire d’ailleurs à celle du Royaume de France), et leur profonde corruption. Celle-ci explique le violent sac de l’Hôtel de Ville qui se déroula le 21 juillet 1789. L’ancienne Municipalité est chassée, une nouvelle sera élue.

Le sac de l'Hotel de Ville (Musée Historique de Strasbourg)

4) Les questions religieuses

Il y eut en Alsace peu d’émigration de nobles locaux. Seinguelet l’explique par le fait qu’ils étaient « plus éclairés, car associés aux affaires de la République de Strasbourg depuis longtemps. »

Par contre, le clergé catholique résista fortement. Seuls trois prêtres strasbourgeois sur 60, et 34 sur 404 dans le Bas-Rhin, acceptèrent la Constitution Civile du Clergé. Dépendant au spirituel d’évêques allemands, ils s’opposèrent à la transformation des biens ecclésiastiques en biens nationaux. Ils y étaient fortement encouragés par le Cardinal de Rohan, réfugié en Allemagne.

Mais cette forte propagande contre-révolutionnaire, avec une composante séparatiste, et appuyée sur un appel à l’étranger, fut largement contrée par l’action des Clubs.

5) La politique locale

On ne retrouve à Strasbourg qu’une partie de l’éventail politique parisien. Certes, pendant la Législative, les divisions Feuillants/Jacobins se répliquent par la scission entre le Poële du Miroir (Jacobins) et le Club de l’Auditoire. Mais les controverses sont bien atténuées. Et les Girondins accepteront leur défaite après le 31 mai 1793, sans déclencher de troubles, comme dans l’Ouest et le Midi. L’Alsace n’était pas la Vendée.

6) Les personnalités politiques

Euloge Schneider (source BNU)Trois figures se distinguent :

  • Dietrich, élu maire en mars 1790, était un modéré. Libéral, mais monarchiste, il fut révoqué par les Commissaires de l’Assemblée après la prise des Tuileries et la chute de Louis XVI le 10 août 1792.
  • François Monet, savoyard de 24 ans, dirige la municipalité jacobine de janvier 1793 à la chute de Robespierre. Destitué, mais non guillotiné (une rareté à l’époque), il mourra en 1840, totalement oublié. Tellement oublié qu’il semble impossible de trouver un portrait de lui.
  • Toute autre est la célébrité d’Euloge Schneider. Ancien moine, Accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, il est le chef du parti jacobin germanophone. Il crée pendant la Terreur une association ultra-révolutionnaire, qu’il baptise « La Propagande ». Il sera arrêté par Saint-Just, et guillotiné en avril 94, malgré un retentissant appel à Robespierre.
    Seinguerlet voit dans le conflit entre Schneider et Saint-Just une lutte entre jacobins francophones et germanophones (il qualifie Schneider de « jacobin fédéraliste »). Tandis que Charles Nodier qui, à l’âge de 13 ans, était venu à Strasbourg prendre des leçons de grec chez… Euloge Schneider, pense que Saint-Just, qu’il ne porte pourtant pas dans son cœur, ne pouvait accepter d’avoir trouvé plus terroriste que lui.

Adresse de Schneider à Robespierre

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SEINGUERLET Eugène

Strasbourg pendant la révolution

Paris, Berger-Levrault, 1881.

Un volume 22,5 x 14,5 cms. XII-364 pages. Percaline éditeur, dos lisse, aux armes de l’École Municipale Turgot à Paris.
Papier un peu jauni, mais bon état.

50 € + port

Un commentaire sur “Strasbourg pendant la Révolution

  1. Nouka dit :

    beaucoup de bon renseignements …

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