L’Histoire générale des Voyages, de l’Abbé Prévost

L’Abbé Prévost, célèbre par son Manon Lescaut, et en partie rebelle à ses vœux de bénédictin, avait dû se réfugier longtemps à l’étranger, d’abord en Hollande, puis à Londres, où il acquit une parfaite connaissance de la langue anglaise.

Green - Collection of Voyages and TravelsC’est sans doute autant par goût que par besoin d’argent, qu’il accepta de traduire en français une publication qui s’annonçait monumentale, A new general collection of voyages and travels, par John Green, qui commença à paraître en Angleterre en 1745.

L’objectif de Green était ambitieux : « Notre entreprise a trois buts d’une égale importance : 1° Empêcher la perte d’un grand nombre de livres précieux ; 2° rendre commun des livres rares ; 3° former un corps des meilleurs auteurs qui ont écrit sur les différentes parties du monde. »

Après avoir expliqué pourquoi tous les ouvrages précédents étaient (bien entendu) mauvais, Green expose sa méthode : « Au lieu de donner chaque auteur entier dans l’ordre de publication, nous séparons son Journal et ses aventures de ses Remarques. La première de ces deux parties est donnée sans mélange ; la seconde est incorporée avec les remarques des autres Voyageurs sur les mêmes régions. »

Prevost - Histoire générale des VoyagesDès le début, Prévost ne se contenta pas d’une simple traduction : « Mes additions consistent dans les liaisons historiques qui ont été négligées, j’ai supprimé aussi plusieurs notes, les unes que j’ai crues inutiles, d’autres que les honnêtes gens auraient trouvé choquantes. Dans quel pays du monde et dans quelle religion même lirait-on volontiers des invectives contre le gouvernement et la religion d’autrui, surtout lorsqu’elles ne sont d’aucun usage pour l’éclaircissement du texte historique ? »
[Les principales suppressions faites par Prévost seront publiées dans la Préface de la Continuation, au tome 65.]

Il fit aussi refaire les cartes, et les gravures : « Quoique les Figures anglaises ne soient pas sans beauté, on trouvera la différence fort grande à l’avantage des miennes. Au lieu d’une Planche morte, où les hommes et les animaux n’offraient proprement que les dehors de leur forme, M. Cochin Fils a su tracer dans chaque figure la vérité du caractère, sans diminuer celle de la ressemblance. »

S’il avait raison pour les cartes, celles de l’édition française étant nettement supérieures, il eut une mauvaise idée pour les gravures, bien plus nombreuses et vivantes dans l’édition anglaise.

Tout allait bien. Les volumes, vendus par souscription, soit au format in-4, soit au format in-12 (quatre volumes in-12 pour un volume in-4) paraissaient régulièrement, et se débitaient correctement, quand Green, après son volume concernant la Chine, arrêta brutalement l’entreprise.

C’est qu’en Angleterre, l’édition avait bien moins de succès, et Green se voyait privé des subventions publiques promises.

Prévost décida de poursuivre seul l’aventure en France où, écrit-il avec un plus qu’un brin d’esprit cocardier, « les affaires ne font rien perdre aux Sciences de la faveur qu’elles méritent. »

Il en profita pour refondre les principes de l’ouvrage : « Après avoir été réduit à suivre les auteurs anglais, en remédiant, dans l’occasion, à leur excès de pesanteur et de prolixité, à leurs répétitions sans fin, à leurs excursions déplacées, en les diminuant beaucoup, je ferai désormais profession de marcher sans guide. »

Le plan sera complètement revu à partir du chapitre sur l’Amérique, et pour les chapitres restant de l’Asie, « je m’attacherai à faire paraître avec plus d’égalité les voyageurs de quelques Nations dont les auteurs anglais appréhendaient des comparaisons peu avantageuses pour eux-mêmes dans la concurrence de la Navigation et du Commerce. Je mettrai les Relations dans un ordre qui puisse les faire servir entre elles à se prêter du jour, et donner à l’Ouvrage la qualité d’une véritable histoire, par la liaison des événements. »

L’Amérique commence au tome 45 de l’édition in-12. Mais l’auteur revient quelque peu sur ses promesses antérieures : « Il n’est pas question de jeter si tard les fondements d’un autre ouvrage. Mais s’il est trop tard pour renoncer au plan des Anglais, au lieu de m’abandonner aux Voyageurs, il me paraît nécessaire de commencer par une Exposition générale, qui contiendra l’histoire des Découvertes et des Établissements. »

En 13 ans, de 1746 à 1759, Prévost aura réalisé 15 volumes in-4 (7 traduits de l’anglais, 8 de son cru), soit 60 volumes in-12 (28 traduits de l’anglais, 32 de son cru).

S’y ajoute en 1761 une Table Alphabétique des Matières, qui a le mérite d’être analytique. Elle fut établie par Chompré, neveu (selon le tome 65) ou frère (selon le tome 69) de l’auteur du Dictionnaire de la Fable.

Cinq ans plus tard, et trois ans après la mort de l’Abbé Prévost, commencent à paraître une Suite, puis une Continuation.

La Suite comprend les « Voyages de terre » et des « Restitutions et Additions de l’Édition de Hollande » (en fait, principalement des ajouts concernant des explorateurs hollandais). Cette référence à l’Édition de Hollande n’apparaît en page de titre que pour les volumes 65 à 68, et disparaît à partir du 69. A cette occasion, pour marquer cette différence, la Suite est rebaptisée Continuation.

L’Éditeur des 4 volumes de la Suite et des quatre premiers volumes de la Continuation n’est plus Didot, mais Rozet : à la mort de Didot Père, le fonds de l’Histoire des Voyages était passé chez Durand puis, à la mort de ce dernier, fut racheté par Rozet.

Le Prospectus de la Suite paraît en 1765, les 4 premiers volumes en 1766. Mais un retard de 14 mois sera causé aux volumes suivants, qui ne paraitront qu’en 1768, par une grave maladie cutanée frappant le rédacteur principal, dont tous les détails médicaux sont longuement exposés dans le Discours Préliminaire du tome 69 de l’édition in-12. Sans nul doute pour calmer les souscripteurs impatients.

A partir du tome 73 de l’édition in-12, l’éditeur devient Panckoucke. Il y aura en tout 80 volumes in-12, ou 20 volumes in-4. Les quatre derniers paraîtront en format in-12 en 1789, mais, la Révolution étant passée par là, ne sortiront en format in-4 qu’en l’An X (1802).

Un Abrégé sera commencé par La Harpe, toujours chez Panckoucke, puis continué par V. de Comeiras. 24 volumes in-8 paraitront chez Ledentu en 1825.

Cette œuvre a été diversement jugée. Barbier, par exemple, en dit beaucoup de mal.

Elle n’en reste pas moins une parfaite synthèse des connaissances géographiques accumulées à l’époque. Ses cartes sont excellentes. Vivante, par les récits des voyageurs, elle est aussi descriptive, autant des mœurs des pays explorés, que de la manière dont ces mœurs étaient considérés par des yeux occidentaux.

Elle montre aussi qu’il restait beaucoup à découvrir. Et que, si Prévost se prévalait d’une approche scientifique, ce n’est pas à la manière dont nous l’entendons aujourd’hui. L’Examen de la question s’il y a des Géants aux Terres Australes, qui figure au tome 68, en est un bon exemple.

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Un commentaire sur “L’Histoire générale des Voyages, de l’Abbé Prévost

  1. […] Prévost, au volume XVI de son Histoire générale des Voyages (voir ici), compile les récits de deux auteurs du siècle précédent […]

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