Comment voyait-on le monde en 1650 ? : L’Alphabet Géographique de Daniel Cardon

Alphabet de Geographie

Signé DC, écrit par Daniel Cardon, (1644-1678), Jésuite et Bollandiste, aumônier du Roi, cet Abrégé de Géographie nous permet d’entrer dans la représentation du monde tel qu’on se le figurait au milieu du XVIIe siècle.

– Le cycle des précipitations était inconnu : « Les fleuves se précipitent dans la Mer, pour en couler derechef par de secrets conduits, qui sont les veines de la Terre. »

– Les signes du Zodiaque sont mis en rapport avec la course du soleil par rapport à l’équateur : « La Balance approche l’équateur le vingt-neuvième de septembre, auquel temps arrive l’équinoxe d’automne. »

– Ce que nous appelons aujourd’hui la ligne de changement de date est fixée aux Philippines, « d’où le jour nous vient toujours. »

– Les jours sont considérés comme de plus en plus courts à mesure que l’on s’approche des pôles, mais avec une durée fixe sur toute l’année.

– Une immense pierre aimantée « qui a trente trois lieues de circuit, flanquée de quatre îles, entre lesquelles l’Océan se précipite avec impétuosité » marque le Pôle Nord.

– L’Amérique était divisée en « Mexicane », au nord de Panama, et en « Peruane » au sud. Une terre nommée Estotiland, aurait « vu les premiers européens sous la conduite d’Antoine Zény [Antonio Zeno] en 1390. »

Alphabet de Géographie– En Afrique, « le grand nombre de Monstres que cette région nourrit, vient du mélange des animaux qui se rencontrent aux abreuvoirs publics. »

– L’Afrique noire est quasiment inconnue : « La Guinée, ou pays des Nigrites, est ainsi nommée, ou bien à cause de leur couleur, ou peut-être aussi à raison du fleuve Niger qui le partage : il a au Septentrion la Lybie, au Ponant l’Océan Occidental, au Midi l’Éthiopique, et le Nil au Levant. Autrefois la Guinée avait vingt-cinq royaumes. »

– La Chine n’est pas mieux connue, malgré une avalanche suspecte de chiffres : « Ce grand royaume a quinze provinces, deux cent quarante sept cités remarquables sur des rivières de trafic, et cent cinquante deux mille villes médiocres. On fait monter leurs habitants à cinquante huit millions cinq cent cinquante mille huit cent un [!]. Le Roy ne se montre qu’une fois l’an. Pour rendre les femmes chastes, on les fait immobiles, façonnant leurs pieds dès l’enfance, en sorte qu’elles ne peuvent marcher. »

– Montesquieu n’était pas encore né : « Il n’y a rien dans tout le monde de plus semblable au Français que le Persan. »

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Alphabet de Géographie

[CARDON Daniel]
Alphabet de Géographie, augmenté de quatre Lettres.
Paris, Veuve Jean Camusat, 1650.

RELIÉ A LA SUITE DE :

[GALIMARD Jean]
L’Histoire réduite à ses principes, dédiée à Monseigneur le Duc de Bourgogne, tome premier.
Paris, François Muguet, 1690.

Deux ouvrages en un volume 15 x 8 cms. [XIV]-322 + [IV]-183 pages.
Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs, pièces de titre et de tomaison.
Reliure frottée, traces de mouillures sur quelques pages de l’Alphabet de Géographie, petit manque de papier en bas de la page de titre, sinon bon état.
150,00 €

Un juriste au temps d’Henri IV : Claude Le Brun de la Rochette

portrait de Le Brun de la Rochette

« Claude Lebrun de la Rochette (1560-1630) a été avocat à Villefranche-en-Beaujolais.

Outre un très politique Portrait de Henri IV (Lyon, 1593, année de la cérémonie d’abjuration [du protestantisme]), il s’est tourné dans plusieurs essais, vers la théologie et la liturgie. Ce « criminaliste de sensibilité janséniste » (Carbasse), auteur de traités particuliers (dont un Antidote contre la Paillardise, Lyon, 1615) a surtout laissé l’ouvrage intitulé Le Procès civil et criminel publié une première fois à Lyon par Roussin en 1607. Il se propose d’éclairer une vaste matière en liant la théorie et la pratique.

Le premier volume est consacré au droit civil, le second au droit criminel ; ce dernier présente les différents crimes dont la source se trouve dans l’« oisiveté ». Un célèbre tableau synoptique [photo plus bas] rend compte, à partir de cette origine de la liaison et de la division des crimes.
Il est suivi de la procédure criminelle où l’auteur évoque certaines de ses expériences, ne se satisfait pas de décrire les étapes du procès (en joignant d’utiles formules), il expose aussi les règles de preuve issues du droit savant en sollicitant toutes les autres sources : c’est la principale originalité du livre.
Dans un exposé assez bien construit, Lebrun utilise dans chaque développement les ressources de la casuistique. Sa méthode consiste à essayer de combiner la présentation des règles de procédure en se reportant sans cesse au type de crime qu’il s’agit de poursuivre. Ce sont par exemple les différents interrogatoires qui sont étudiés, chacun étant adapté à la nature spécifique d’un crime particulier. Mais sa conception ambigüe du concept de corps de délit, sa méditation sur le langage et les différents témoignages, ses réflexions éparses sur le silence, ses notations sur la pluralité d’infractions ou la pluralité d’auteurs amènent à s’interroger avec plus d’insistance sur les réalités du droit, l’imaginaire sombre de l’auteur et ses approches plurielles et obsédantes de l’âme et du corps. »
(Arabeyre, Halpérin, Krynen, Dictionnaire historique des juristes français)

Claude Le Brun de la Rochette

Rédigé sous Henri IV (notre édition ayant été publiée sous Louis XIII), ces traités offrent une structure devenue depuis classique :

  • Procès civil
    • Livre I : L’instruction et le jugement du procès
    • Livre II : Nature des obligations et des contrats
    • Livre III : Actions engendrées par les obligations et les contrats
  • Procès criminel
    • Livre I : Les crimes
    • Livre II : La forme de procéder aux matières criminelles (cette procédure sera profondément modifiée par l’ordonnance de 1670, prise par Louis XIV sous l’inspiration de Colbert – quelques détails ici)

Le Brun de la Rochette fournit, en début de chaque chapitre, de remarquables tableaux synoptiques, dont il suit le plan dans son exposé :

Claude Le Brun de la Rochette

Mais il ne se prend guère au sérieux, et garde un certain détachement (ironie ? désabusement ?), tout en exhortant ses confrères à un minimum de rectitude :

« Je présuppose que contre la corruption et l’avarice, vraies pestes du Barreau, vous avez muni vos consciences du précieux antidote de la vraie Philosophie, autrement au lieu de guérir ces ulcères et apostèmes infects, qui vous sont journellement représentés, suants des furieuses passions des hommes malicieux, et d’y appliquer les médicaments nécessaires, à l’exemple du pervers chirurgien, vous y mettriez le feu pour augmenter la plaie et en tirer un gain sordide. Claude Le Brun de la RochetteJe me persuaderai donc, que comme les Mariniers voulant pousser leur bateau, appuient le bout de leur bâton à l’opposé du lieu où ils veulent aller, ou comme celui qui à force d’avirons tâche de surpasser le cours d’une impétueuse rivière, tourne le dos au lieu où il est toutefois porté, de même vous détournerez toujours les yeux de l’âme, du travail mécanique, embrassant l’honnêteté et pleins de charité. Le boucher et le berger regardent le mouton d’un œil fort dissemblable, l’un pour le tuer et l’égorger, l’autre pour le nourrir et lui faire du bien : de même les mercenaires et les vrais hommes de bien reçoivent leurs parties fort diversement, l’un n’ayant yeux que sur leur bourse, l’autre ne visant qu’à l’éclaircissement et conservation de leur droit.»

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LE BRUN DE LA ROCHETTE Claude

Le Procès civil – Le Procès criminel.

Rouen, Claude Dare, 1616. Cinq Livres en un volume 17 x 11 cms. [XIV]-210-[XXII]-[XIV]-239-[XXII]-å-[VI]-204-[XII]-[XIV]-151-167-[XXII] pages.

Le Brun de la RochettePlein vélin du temps. Manque la page de titre du premier Livre du Procès civil. Déchirure au coin supérieur des XIV premières pages avec petit manque de texte. Petite galerie de vers sur quelques pages du Livre III du Procès civil. Traces de mouillures marginales claires sur quelques cahiers. Bon état global.

350 €

Si loin, si proche : l’Almanach Hachette

Un éphéméride, un Livret de famille, un Mémento budgétaire, un Annuaire des marées, un agenda, un livre de comptes, un tableau des changes, un Manuel de savoir-vivre, un Livre de cave, un Journal de l’année, une Encyclopédie illustrée aux sujets sans cesse renouvelés, un Dictionnaire médical, un Annuaire militaire et des têtes couronnés, un Manuel d’agriculture, un Guide de vie pratique, sans oublier publicités et coupons de réduction : l’Almanach Hachette était tout cela (et plus encore)

Publié à partir de 1894, décliné en deux éditions et cinq présentations, précédé d’une couverture immuable, il vécut son apogée dans la première moitié du XXe siècle, puis déclina jusqu’aux années 70.

Articles courts, abondamment illustrés quand il est nécessaire, il était destiné à la bourgeoisie urbaine ou campagnarde (plan des théâtres parisiens, manière de choisir les domestiques et de porter le deuil, dates de détachement des coupons des principaux titres de rente, règles de l’élevage des lapins ou des pigeons voyageurs, pêche à la truite, soins à donner au fumier).

Avec les préoccupations de l’époque : Madagascar, terre française, Les Nouveautés de la photographie, L’Automobilisme en 1900, Les Empreintes digitales, 15 minutes d’exercice par jour…

Et quelques blagues maison :

– dans le volume 1898, le proverbe (il y en a un en bas de chaque page) accompagnant une gravure représentant les têtes des guillotinés est : « Tête coupée ne se raccommode pas ».
– dans le volume 1899, la méthode de calcul mental est rangée à la rubrique « le Bourse expliquée », et est annoncée dans la Table des gravures, sous le titre : « La ruine des capitalistes ».

Encyclopédie à la fois annuelle (pour la partie calendrier-mémento), et cumulative (les sujets étaient renouvelés ou actualisés chaque année) : commencer la série, c’était vouloir (ou devoir) la continuer….

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Almanach Hachette

Almanach Hachette, Petite encyclopédie portative de la vie pratique,

Reliure éditeur maroquin rouge souple, tranches dorées. Plat illustré en doré.

Nous disposons des années 1897, 1898, 1899, 1900, 1901, 1902, 1903, 1904, 1905, 1906, 1907, 1908, 1909, 1910 et 1911

25 € le volume + port

Le Bas Empire Romain

« Je me propose d’écrire l’histoire de Constantin et de ses successeurs, jusqu’au temps où leur puissance, ébranlée au dehors par les attaques des Barbares, affaiblie au dedans par l’incapacité des Princes, succomba enfin sous les armes des Ottomans.

Le Camée de Constance (vers 335)L’Empire Romain, le mieux établi qui fut jamais, fut aussi le plus régulier dans ses degrés d’accroissement et de décadence. Ses différentes périodes ont un rapport exact avec les différents âges de la vie humaine. […] L’ouvrage que j’entreprends est l’histoire de sa vieillesse : elle fut d’abord vigoureuse, et le dépérissement de l’État ne se déclara sensiblement que sous les fils de Théodose. De là à la chute entière, il y a plus de mille ans. La puissance des Romains avait la même consistance que leurs ouvrages : il fallut bien des siècles et des coups réitérés pour l’ébranler et pour l’abattre. Et quand je considère d’un côté la faiblesse des Empereurs, de l’autre les efforts de tant de peuples qui entament successivement l’Empire, et qui sur les débris établissent tous les Royaumes de l’Europe en deçà du Rhin et du Danube, je crois voir un ancien palais, qui se soutient encore par sa masse et par la stabilité de sa structure, mais qu’on ne répare plus, et que des mains étrangères démolissent peu à peu et détruisent à la longue, pour profiter de ses ruines.

Il est vrai que les siècles antérieurs présentent une scène plus vive et plus brillante. On y voit des actions plus héroïques, et des crimes plus éclatants : les vertus et les vices étaient des effets ou des excès de vigueur et de force. Ici, les uns et les autres portent un caractère de faiblesse : la politique est plus timide, les intrigues de la Cour succèdent à l’audace ; le courage militaire n’est plus dirigé par la discipline ; les Romains de ces derniers temps ne songent plus qu’à se défendre, quand leurs ancêtres osaient attaquer ; la scélératesse devient moins entreprenante, mais plus sombre ; la haine et l’ambition emploient le poison plus souvent que le fer ; cet esprit général, cette âme de l’État, qu’on appelait amour de la Patrie, et qui en tenait toutes les parties liées ensemble, s’anéantit et fait place à l’intérêt personnel ; tout se désunit et les Barbares pénètrent jusque dans le cœur de l’Empire.»

Voila le programme que s’était fixé Charles Le Beau (1701-1778), et qu’il expose dans sa Préface.

carte du Bas Empire Romain - crédit vt.eduSe doutait-il que la publication d’une Histoire couvrant presque douze siècles (de 274 à 1453) s’étalerait sur 60 ans (de 1757 à 1817) ?
Qu’il n’en verrait pas la fin, puisqu’il meurt après avoir rédigé le vingt-et-unième volume ? (mais il était parvenu à l’an 1255).
Que son œuvre serait heureusement continuée par Ameilhon, qui acheva l’ouvrage en 1811 ?
Et que six ans plus tard, un libraire nommé Ravier établirait deux volumes de Tables, précédées d’une préface fleurant bon la Restauration ?

Et puisque nous parlons d’histoire, constatons que Pierre Larousse crédite Ameilhon d’avoir, en tant que Bibliothécaire de l’Arsenal, « préservé de la destruction une multitude de volumes et de manuscrits confisqués pendant la Révolution », tandis que le Dictionnaire historique et biographique de la Révolution et de l’Empire de Robinet lui reproche d’avoir « sur l’ordre des autorités révolutionnaires, présidé à l’incinération d’un nombre considérable de documents concernant l’histoire de la monarchie et de la noblesse »…

Le même Pierre Larousse trouve l’ouvrage de Le Beau inférieur à celui de son presque contemporain confrère anglais Gibbon, mais pourquoi ne pas comparer ?

Pour les lecteurs plus pressés, nous disposons également de l’ouvrage d’Antoine Caillot, Abrégé de l’Histoire du Bas Empire de Lebeau, depuis Constantin le Grand jusqu’à la mort de Mahomet II. Mais faut-il s’en contenter ? Le Beau a lui-même condamné par avance ce type de résumé : « C’est en général un mauvais service que rendent ces abrégés : l’ignorance paresseuse trouve dans ces ouvrages de quoi satisfaire une vanité superficielle, qui aime à s’instruire à peu de frais, pour discourir de tout sans rien savoir. » (Tome XVI, page XV). Certes, mais un abrégé est aussi moins onéreux…

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Le Beau - Histoire du Bas Empire RomainLE BEAU, puis AMEILHONLe Beau - Histoire du Bas Empire

Histoire du Bas Empire, en commençant à Constantin le Grand. 27/27 + 2 volumes de Tables

Paris, Desaint et Saillant, 1757-1786 (tomes I à XXIV), puis Le Clère, An XI-1803 (tome XXV), puis Crapart, Caille et Ravier, 1807-1811 (tomes XXVI et XXVII), 1817 (Tables).

Le Beau - Histoire du Bas Empire29 volumes 16,5 x 9,5 cms. Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Trois séries de reliure, différentes surtout par la couleur des pièces de titre et de tomaison, et par les pages de garde pour la troisième série : première série des tomes I à XIV, deuxième série des tomes XV à XX, troisième série des tomes XXI à XXIX. Quelques petites traces d’ex-libris en garde de quelques volumes, sinon très bon état.

Le Beau - Histoire du Bas Empire1 750,00 €

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Abrégé de LebeauCAILLOT Ant.

Abrégé de l’Histoire du Bas Empire de Lebeau, depuis Constantin le Grand jusqu’à la mort de Mahomet II, seconde édition augmentée d’une Table des noms propres d’hommes et de femmes. 2/2 .

Lille, Lefort, 1842. Deux tomes en un volume 17 x 11,5 cms. 316 + 296 pages. Deux gravures hors texte en frontispice de chaque tome. Demi reliure. Dos orné de motifs à froid. Reliure frottée. Bon état intérieur.

45,00 €