Qu’est-ce donc que le Réalisme ?

On a fait de Champfleury le théoricien du Réalisme en litérature.

Champfleury par CourbetEn 1857, c’est un gros mot : « titre injurieux qu’on jette à la face de quelques écrivains qui ont la maladresse d’étudier la nature et les sentiments de l’homme jusque dans leurs plus profonds replis. »

Plutôt que de commettre un manifeste comme le fera plus tard Zola, Champfleury préféra livrer un volume de critique littéraire, pour illustrer ses idées.

Son volume comprend une longue étude des Illustres Françoises de Robert Challe, une lettre à Ampère sur la poésie populaire, à propos de la chanson La Femme du roulier, un commentaire de Est-il bon, est-il méchant de Diderot, une étude de la littérature suisse, une lettre à George Sand sur le peintre Courbet, et enfin un commentaire d’Une vieille maitresse, de Barbey d’Aurevilly.

Champfleury adopte la démarche qu’il prête à Courbet : « On m’appelle réaliste, je veux démontrer, par une série de tableaux connus, comment je comprends le réalisme. »

Pas de manifeste, pas de définition : « Je ne définirai pas le réalisme ; je ne sais d’où il vient, où il va, ce qu’il est. »

Pas non plus d’idées-force, ou alors au détour des commentaires, appuyés sur de nombreuses citations.

Pas d’idées-force, mais le relevé de traits caractéristiques.

Par exemple :

« Challes est le premier qui ait employé la Réalité absolue dans ses romans : tous ses personnages sont des petits nobles et des bourgeoises du temps ; ils parlent le langage de leur époque, ils portent des noms de la fin du dix-septième siècle ; enfin, ils donnent une peinture fidèle des mœurs d’alors. On ne sait pas assez quelle difficulté l’artiste trouve à donner de l’intérêt à des scènes de la vie habituelle, et la facilité, au contraire, qui attend le romancier n’employant dans son œuvre que des personnages d’une autre époque, d’un autre pays. »

Plus loin :

« Faut-il s’étonner de la conspiration du silence qui enveloppa le Francion, conçu en dehors de toutes règles, roman que la noblesse traitait d’abject et de bas, parce qu’il se plaisait à retracer des scènes de la vie commune. »

Et encore :

« Diderot posa complètement la Doctrine, et, non content de produire des œuvres dans ce sentiment, chanta toute sa vie des hymnes à la vérité. Qu’on approuve ou qu’on nie les mérites du beau livre de Jacques le Fataliste, le démon de la Réalité, qui tenant l’auteur du Neveu de Rameau, s’y trouve sous les traits de l’hôtesse qui apparaît en maints endroits du récit, et le trouble suivant les allures capricieuses d’une conversation d’auberge. »

Pas d’idées-force, mais une définition a contrario : A propos d’Une vieille maîtresse, de Barbey d’Aurevilly : « N’est-ce pas assez de citations pour démontrer quel dévoiement de style, quelles prétentions, quel maniérisme, quelle volonté persistante, quel honteux abus de la langue président à cette composition, où les étoffes rouges, le sang, les pierres précieuses, les piments, les alcools et les paillons jouent un si grand rôle ? […] Cette littérature de décadence, de courtisan, de dandy, ressemble à la cuisine épicée des vieillards. »

Champfleury réfute les deux principaux reproches faits au réalisme.

I love realismD’abord, l’aspect soi-disant mécanique de la littérature réaliste : « La reproduction de la nature par l’homme ne sera jamais une reproduction, une imitation, ce sera toujours une interprétation. L’homme, n’étant pas machine ne peut rendre les objets machinalement. Subissant la loi de son moi, il ne peut que les interpréter. »

Ensuite, le choix des sujets : « On ne veut pas admettre qu’un casseur de pierre vaut un prince. » Il cite Proudhon : « Toute figure belle et laide peut remplir le but de l’art. » Flaubert complètera : « Yvetot vaut bien Constantinople. »

L’important, c’est l’œuvre, sa vérité, et celle de l’artiste : « Le roman est, de toutes les formes de la pensée, la moins hypocrite, celle où l’auteur, malgré toute sa diplomatie, ne saurait masquer son tempérament.
Quoique fasse l’auteur, son roman est une confession. »

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Champfleury - Le Réalisme

CHAMPFLEURY

Le Réalisme

Paris, Michel Lévy Frères, 1857, Édition originale.

Un volume 18,5 x 12,5 cms. 320 pages.
Demi reliure toile plus récente.
Dos lisse à titre, année et motif doré.
Couvertures originales conservées.
Quelques rousseurs éparses.

110 €

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