Jean Brunhes comme précurseur de l’écologie

Jean Brunhes révolutionna la géographie.

Son ouvrage majeur, La Géographie humaine, dépoussiéra cette science alors (et toujours ?) abstraite.

Il mettait pour la première fois l’humain au centre de la réflexion géographique, en recherchant « les traces et les traits superposés par lesquels s’inscrit depuis des siècles sur l’épiderme de notre planète l’ingéniosité active de notre espèce. »

Car, « si tout est loin d’être expliqué par la géographie, du moins certaines catégories de faits humains ne sauraient être parfaitement compris sans faire appel à la géographie. »

Il définit trois groupes et 6 types de faits essentiels, présentés dans son livre sous une forme didactique, illustrés par des études d’exemples ou des monographies détaillées :

1) Les faits d’occupation improductive du solJean Brunhes - La Géographie humaine
a) les maisons
b) les chemins

2) Les faits de conquête végétale et animale
a) les champs cultivés
b) les animaux domestiques

3) Les faits d’économie destructive
a) les exploitations minérales
b) les dévastations végétales ou animales

Cette notion d’économie destructive est encore plus novatrice.

Par sa définition : « prise sur la nature qui n’est compensée par aucune série réfléchie d’efforts humains. »

Par sa qualification : certaines de ces prises ont « une intensité immodérée qui leur fera mériter la désignation allemande de Raubwirtschaft, c’est-à-dire de rapine économique. »

Par la désignation des acteurs : « Il paraît singulièrement étrange que la dévastation caractérisée avec toutes ses graves conséquences accompagne surtout la civilisation, tandis que les « sauvages » n’en connaissent que des formes atténuées. »

Par la prescience de la notion d’écosystème : « l’extermination en Europe méridionale des oiseaux de passage permet l’augmentation des sauterelles dans certaines régions africaines. »

Par l’analyse des conséquences : déforestation, lutte pour l’eau, chasse aveugle, extinction des éléphants due à la chasse pour l’ivoire, surpêche (qualifiée de « pêche exterminatrice »), épuisement des ressources naturelles fossiles.

Et enfin par cette phrase toujours d’actualité : « A un moment précis de l’évolution économique, la consommation a des capacités et des besoins-limites que toute exploitation raisonnée et sage de la terre ne doit pas outrepasser. »

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Nous disposons de la deuxième et de la troisième édition de cet ouvrage.

La troisième édition (1925) diffère de la précédente (1912) par la mise à jour des statistiques citées, et surtout par l’ajout de monographies détaillées ainsi que d’illustrations supplémentaires, à présent regroupées et non plus dispersées dans le texte (ce qui est d’ailleurs discutable).

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Jean Brunhes - Géographie humaine - Deuxième édition

BRUNHES Jean

La Géographie humaine, essai de classification positive, principes et exemples

Paris, Félix Alcan, 1912, deuxième édition, revue et augmentée, avec 272 gravures et cartes dans le texte ou hors texte (dont 66 nouvelles).

Un volume 26 x 17 cms. 800 pages.

Demi reliure rouge. Dos à 5 nerfs.

Un nerf frotté. Petit manque sous la coiffe supérieure. Couverture originale conservée.

Intérieur en très bon état.

80 € + port

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Jean Brunhes - Géographie humaine - Troisième édition

BRUNHES Jean

La Géographie humaine

Paris, Alcan, 1925, troisième édition.

Deux volumes. 974 pages (numérotation continue pour les deux volumes).
279 figures et cartes hors-texte regroupées en fin de deuxième volume.

Reliure toile. Titres et tomaisons dorés. Couvertures originales conservées.

Rares rousseurs.

90 € + port

Qu’est-ce donc que le Réalisme ?

On a fait de Champfleury le théoricien du Réalisme en litérature.

Champfleury par CourbetEn 1857, c’est un gros mot : « titre injurieux qu’on jette à la face de quelques écrivains qui ont la maladresse d’étudier la nature et les sentiments de l’homme jusque dans leurs plus profonds replis. »

Plutôt que de commettre un manifeste comme le fera plus tard Zola, Champfleury préféra livrer un volume de critique littéraire, pour illustrer ses idées.

Son volume comprend une longue étude des Illustres Françoises de Robert Challe, une lettre à Ampère sur la poésie populaire, à propos de la chanson La Femme du roulier, un commentaire de Est-il bon, est-il méchant de Diderot, une étude de la littérature suisse, une lettre à George Sand sur le peintre Courbet, et enfin un commentaire d’Une vieille maitresse, de Barbey d’Aurevilly.

Champfleury adopte la démarche qu’il prête à Courbet : « On m’appelle réaliste, je veux démontrer, par une série de tableaux connus, comment je comprends le réalisme. »

Pas de manifeste, pas de définition : « Je ne définirai pas le réalisme ; je ne sais d’où il vient, où il va, ce qu’il est. »

Pas non plus d’idées-force, ou alors au détour des commentaires, appuyés sur de nombreuses citations.

Pas d’idées-force, mais le relevé de traits caractéristiques.

Par exemple :

« Challes est le premier qui ait employé la Réalité absolue dans ses romans : tous ses personnages sont des petits nobles et des bourgeoises du temps ; ils parlent le langage de leur époque, ils portent des noms de la fin du dix-septième siècle ; enfin, ils donnent une peinture fidèle des mœurs d’alors. On ne sait pas assez quelle difficulté l’artiste trouve à donner de l’intérêt à des scènes de la vie habituelle, et la facilité, au contraire, qui attend le romancier n’employant dans son œuvre que des personnages d’une autre époque, d’un autre pays. »

Plus loin :

« Faut-il s’étonner de la conspiration du silence qui enveloppa le Francion, conçu en dehors de toutes règles, roman que la noblesse traitait d’abject et de bas, parce qu’il se plaisait à retracer des scènes de la vie commune. »

Et encore :

« Diderot posa complètement la Doctrine, et, non content de produire des œuvres dans ce sentiment, chanta toute sa vie des hymnes à la vérité. Qu’on approuve ou qu’on nie les mérites du beau livre de Jacques le Fataliste, le démon de la Réalité, qui tenant l’auteur du Neveu de Rameau, s’y trouve sous les traits de l’hôtesse qui apparaît en maints endroits du récit, et le trouble suivant les allures capricieuses d’une conversation d’auberge. »

Pas d’idées-force, mais une définition a contrario : A propos d’Une vieille maîtresse, de Barbey d’Aurevilly : « N’est-ce pas assez de citations pour démontrer quel dévoiement de style, quelles prétentions, quel maniérisme, quelle volonté persistante, quel honteux abus de la langue président à cette composition, où les étoffes rouges, le sang, les pierres précieuses, les piments, les alcools et les paillons jouent un si grand rôle ? […] Cette littérature de décadence, de courtisan, de dandy, ressemble à la cuisine épicée des vieillards. »

Champfleury réfute les deux principaux reproches faits au réalisme.

I love realismD’abord, l’aspect soi-disant mécanique de la littérature réaliste : « La reproduction de la nature par l’homme ne sera jamais une reproduction, une imitation, ce sera toujours une interprétation. L’homme, n’étant pas machine ne peut rendre les objets machinalement. Subissant la loi de son moi, il ne peut que les interpréter. »

Ensuite, le choix des sujets : « On ne veut pas admettre qu’un casseur de pierre vaut un prince. » Il cite Proudhon : « Toute figure belle et laide peut remplir le but de l’art. » Flaubert complètera : « Yvetot vaut bien Constantinople. »

L’important, c’est l’œuvre, sa vérité, et celle de l’artiste : « Le roman est, de toutes les formes de la pensée, la moins hypocrite, celle où l’auteur, malgré toute sa diplomatie, ne saurait masquer son tempérament.
Quoique fasse l’auteur, son roman est une confession. »

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Champfleury - Le Réalisme

CHAMPFLEURY

Le Réalisme

Paris, Michel Lévy Frères, 1857, Édition originale.

Un volume 18,5 x 12,5 cms. 320 pages.
Demi reliure toile plus récente.
Dos lisse à titre, année et motif doré.
Couvertures originales conservées.
Quelques rousseurs éparses.

110 €