Un Panthéon littéraire

En 1835, l’éditeur Desrez lance une collection intitulée Le Panthéon littéraire, qui doit rassembler la quintessence des productions de l’esprit humain.

L’objectif est ambitieux : « Le Panthéon littéraire, bibliothèque universelle, n’est pas seulement une entreprise de librairie, la plus grande qu’on ait encore tentée, c’est une conception de haute morale publique, un essai d’instruction nationale dont la fin suprême est de réunir dans les mêmes principes toutes les classes de la société. Il s’agit d’habituer les esprits les plus vulgaires aux images du beau et du bon, de jeter dans la circulation une grande masse d’idées civilisatrices, de détruire partout l’erreur par la présence de la vérité, et, pour tout résumer en un mot, de rendre les plus sublimes pensées du génie communes à tout un peuple ! »

Mais l’aventure tournera court rapidement. Seuls seront publiés Brantôme, Montaigne, Machiavel et l’historien écossais Robertson.

Louis-Aimé Martin, co-directeur avec Jean Alexandre Buchon de cette collection, publie en 1837 un volume qui s’en veut l’introduction, sous le titre de Plan d’une Bibliothèque Universelle, études des livres qui peuvent servir à l’histoire littéraire et philosophique du genre humain, suivi du catalogue des chefs d’œuvre de toutes les langues et des ouvrages originaux de tous les peuples.

Il s’agit d’abord d’expliciter le plan retenu. Le Système figuré des connaissances humaines, publié en tête de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, est rejeté comme « un système vicieux, arbitraire, et peu philosophique »… Celui de Bacon, à la base du précédent, aurait dû « être reconstruit, et peut-être n’eussions-nous pas fait mieux que nos modèles. »

Reste donc « l’ordre bibliographique », qui « éveille moins de pensées, mais est clair, précis et sans péril dans ses erreurs ».

D’ordre pédagogique, il n’est pas question.

L’intérêt de ce volume est de brosser un panorama synthétique et commenté de chacun des domaines qui devaient constituer le Panthéon littéraire. Même imprégné d’un fort sentiment anti-déiste et croyant en la supériorité de la religion catholique, Louis-Aimé Martin fait parfois preuve d’une surprenante ouverture d’esprit. Ainsi il retient comme fondamentaux les livres sacrés de la Chine, de la Perse et de l’Inde, ainsi que le Coran. Et, au chapitre Jurisprudence, se prononce clairement contre la peine de mort.

La Translation de Rousseau au PanthéonMontesquieu est loué, Diderot critiqué, Platon et Aristote portés aux nues, Rousseau traité de « paradoxal ». Vauban est encensé pour son projet de réforme des impôts, longuement détaillé.

Les ouvrages de Physique et de Chimie sont peu nombreux car, du fait des découvertes incessantes, « ils n’ont qu’une vie transitoire », à l’exception de Galilée, Newton et Buffon.

La Médecine, elle, est « restée en arrière », il faut donc se satisfaire d’Hippocrate et de Bichat.

Mais, « remarquables par un caractère de grandeur sauvage, les débris de la poésie arabe antérieure à Mahomet offrent une inspiration violente et puissante qu’on ne dédaignera jamais. »

Et puis : « Comparez l’histoire universelle de Voltaire à l’histoire universelle de Bossuet, et voyez si les incrédulités du philosophe ne sont pas la conséquence logique des implacables doctrines du prêtre. Ici la raison lutte contre la foi, l’examen contre l’adoration, la raillerie contre la menace. Les excès ont amené la révolte, et parce que dans Bossuet tout se termine par la violence et la damnation, il faut que dans Voltaire tout se termine par la dérision et l’impiété. »

Borges a dit quelque part que « trier une bibliothèque, c’est se livrer à une critique silencieuse ». Ici, elle ne l’est pas.

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Louis-Aimé Martin - Plan d'une bibliothèque universelleLouis Aimé Martin

Plan d’une bibliothèque universelle, études des livres qui peuvent servir à l’histoire littéraire et philosophique du genre humain, suivi d’un catalogue des chefs d’œuvre de toutes les langues et des ouvrages originaux de tous les peuples.

Paris, Desrez, 1837. Un volume 23 x 14,5 cms. 541 pages.
Demi reliure, dos à 4 nerfs soulignés de filets dorés, motifs à froid sur les caissons.
Reliure un peu frottée, des rousseurs le plus souvent en marge et n’empêchant pas la lecture.
Bon état global.

35 € + port

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