Peut-il y avoir une poésie militaire ?

En 1831, dans le tome vingt-huitième de la Revue de Paris, un certain Baron, de Bruxelles, soutient qu’elle « se trouve partout, chez les anciens et chez les modernes, au nord comme au midi, dans la barbarie comme dans la civilisation ; partout on s’est battu, et l’on a chanté en se battant. »

Si tel est le cas, son histoire reste à faire, bien au-delà de la simple Anthologie de la poésie légionnaire, parue il y a une dizaine d’années.

Etat des Services du Général BruneauJean, Paul, Hilaire, Prosper Bruneau est né en 1848 à Sedan. A 18 ans, il rejoint l’École Impériale Spéciale Militaire, dont il sort à 20 ans avec un rang fort honorable. Il est immédiatement envoyé en Afrique du Nord, où il effectuera toute sa carrière, à l’exception des deux guerres contre l’Allemagne.

Diplômé de l’École d’État-Major en 1877, il gravit tous les échelons, prend sa retraite en 1913 avec le grade de Général de Division, et se trouve rappelé en Septembre 1914.

C’est sur ses vieux jours qu’il commence à publier : Paroles d’un soldat paraît en 1911, l’Histoire d’une compagnie de Zouaves pensant la guerre de 1870 l’année suivante.

Chasse au "sanglier marabout"

En 1913, il donne à L’Illustration des Souvenirs d’Algérie dans lesquels, loin des clichés colonialistes, il fait preuve d’un humour très fin et d’un certain sens de l’autodérision, par exemple dans le récit de ses déboires avec un « sanglier-marabout ». Son texte paraît dans le même volume que Rouletabille chez le Tsar.

En 1916, il publie Vers Héroïques, poèmes à lire et à dire, recueil dans lequel il tente de rendre compte de son expérience au front.

Ces deux extraits résolvent-ils la question : Peut-il y avoir une poésie militaire ?

mitrailleuse

La Mitrailleuse

Invention du Diable, horrible moissonneuse
Qui fauches d’un seul coup les hardis bataillons
Et brises leur élan mieux que tous les canons,
Tout vrai soldat te hait, arme des lâches, gueuse !

 De nos Vosges au Rhin, de l’Escaut à la Meuse,
Tu as beau décimer nos héros en haillons
Et les coucher sanglants au travers des sillons
Nous vaincrons malgré toi, sinistre mitrailleuse !

Car tu n’es après tout qu’un malfaisant roquet,
Et pour te museler, la France a son secret,
Un secret merveilleux qu’elle possède seule.

 Et tu tombes les reins brisés par un boulet
Quand le Soixante-Quinze, en un clin d’oeil a fait
Le geste qu’il fallait pour te casser la gueule !

– – –

Cambronne à Waterloo

Waterloo

Waterloo, nom fatal, nom sinistre qui gronde
Comme un rugissement de lion expirant,
Bruit sourd de cuirassiers lancés comme un torrent
Sur les carrés anglais. Écroulement d’un monde !

Effrayante mêlée où le sort de la France
Se joua tout un jour sur un rouge tapis
De cadavres sanglants et qui fut indécis
Jusqu’au moment où Dieu fit pencher la balance.

[…]

Mais avant de donner le signal du carnage,
Un général sortit du rang des Écossais
Et cria : « Rendez-vous, braves soldats français ! »
Et comme il n’entendait qu’un grondement de rage,

« Rendez-vous, ou sinon, votre mort est certaine ! »
Et dans l’ombre sa voix résonna comme un glas,
Mais Cambronne élevant le drapeau dans ses bras,
Répondit d’un seul mot qui fit trembler la plaine ;

Un mot prodigieux, brutal, cynique, énorme,
Et ce mot fit rugir les canons et partir
Les fusils. Tout se tut, et le carré martyr
S’écroula dans la nuit ainsi qu’un bloc informe.

– – –

Vers Héroïques

Général BRUNEAU

Vers héroïques, poèmes à lire et à dire

Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1916.

Un volume broché 19,5 x 14 cms. 132 pages.

Très bon état.

Non coupé.

35 € + port

Un commentaire sur “Peut-il y avoir une poésie militaire ?

  1. Une thèse de Doctorat ès Lettres sur le sujet a été présentée le 30 septembre 1972 à l’Université Toulouse-Le Mirail. Cette thèse de Roland Bouyssou a été publiée par la même Université en 1974, sous le titre « Les poètes-combattants Anglais de la Grande Guerre ».
    Voici les premières lignes du chapitre I :

    « La poésie née de la première guerre mondiale est un phénomène collectif et transitoire. Elle jaillit du coeur d’hommes frappés au même instant par un même cataclysme, et ses auteurs, combattants ou anciens combattants, s’inspirent exclusivement de circonstances et d’évènements compris entre 1914 et 1918. Cette poésie s’enracine donc dans la conjoncture historique, dans les péripéties d’un peuple et dans les vicissitudes de la vie du soldat. A tout instant le poète combattant se réfère à des épisodes et à des faits, son lyrisme adhère aux données de l’expérience, et son art consiste avant tout à reproduire fidèlement la réalité. »

    Et merci de m’avoir fait découvrir ces deux poésies, et notamment la première que je trouve superbe et où l’on retrouve le fameux Canon de Soixante-Quinze qui était fabriqué par les ateliers d’André Citroën.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s