Une photographie haute résolution de la France en 1835

En 1835, la France est sous le régime de la Monarchie de Juillet.Pièce de monnaie à l'effigie de Louis-Philippe
Le Gouvernement est présidé par le duc de Broglie, Guizot est ministre de l’Instruction Publique

En juin, Abd-El-Kader défait les troupes françaises.

En juillet, l’attentat mené par Fieschi contre Louis Philippe fait 18 morts, et sera suivi de lois d’exception

Cette année-là paraissent Le Père Goriot, De la démocratie en Amérique, Servitude et Grandeur militaires, Mademoiselle de Maupin.

Flaubert et Baudelaire n’ont que 14 ans. Zola ne naîtra que 5 ans plus tard.

Abel Hugo, La France Pittoresque

En 1835, la France est peuplée de 32 569 223 habitants, dont 5 729 052 font partie de la Garde Nationale. Il y a 2 062 963 élèves, du Primaire au Supérieur, et « 3 millions d’enfants de 5 à 12 ans privés de toute instruction ».
Le nombre d’indigents est de 1 852 984, celui des mendiants de 75 119.

Plus de 8 millions de personnes paient de 1 à 20 francs d’impôts, et seulement 999 s’acquittent de plus de 4000 francs, pour un rapport total des contributions directes de plus de 367 millions de francs. Les droits indirects rapportent 163 millions, les Postes, 33 millions.
627 830 individus sont « salariés par l’État ».

La division administrative comporte 86 départements : il n’y a que deux départements alpins, la Savoie et le Territoire de Belfort ne font pas encore partie de la France. S’y ajoutent les colonies : État d’Alger, Sénégal et Gorée, Ile Bourbon, Inde Française, Antilles Françaises et Guyane, Saint Pierre et Miquelon, Terre Neuve, Madagascar.

En hectolitres, la production agricole est de 155 millions pour les céréales, 48 millions pour les pommes de terre, et 1,3 millions pour les chataignes. Il y a environ 8 millions de bovins, 35 millions de bêtes à laine, 2,5 millions d’ânes, 4,5 millions de porcs, plus de 2,5 millions de chèvres, et 2,3 millions de chevaux et mulets.
Mais seulement 947 machines à vapeur.

Le pays ne compte encore que quelques dizaines de kilomètres de voies ferrées, principalement entre Saint Étienne et Lyon. Mais il y a déjà 74 canaux, plus 16 « en exécution »

Tableau comparatif des principales montagnes de France

En 1835, Abel Hugo (1798-1855), militaire et littérateur, frère de Victor, fait paraître sous forme de livraisons, La France Pittoresque, ou Description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France.

Les 120 premières pages sont consacrées à des statistiques générales (politique et administrative ; militaire ; maritime ; judiciaire ; de l’instruction publique ; morale ; financière ; agricole ; industrielle ; médicale ; scientifique), bourrées de renseignements extrêmement précis, parmi lesquels se trouvent quelques curiosités :
– une gravure offrant un tableau comparatif des principales montagnes de France

– une autre gravure représentant le comparatif des fleuves et rivières formant les 22 grands bassins de la France
– la description détaillée des différents pavillons que doivent arborer les navires marchands en fonction de leur port d’origine
– des études statistiques fouillées sur la « perversité relative des sexes », à partir des types de crimes commis, ou sur le coût pour la collectivité des enfants trouvés (de 164 francs dans l’Yonne à 57 francs dans le Tarn). De même qu’un « indice de charité » distribué selon que l’on est homme, femme, mariée(e), veuf ou veuve).

Chaque département est décrit en huit pages de texte, accompagnées de 4 gravures dont une carte.

Le plan est immuable : Histoire – Antiquités – Caractères, moeurs, coutumes – Costumes, langage – Notes biographiques – Topographie – Météorologie – Histoire Naturelle – Curiosités naturelles – Villes, bourgs, châteaux – Division politique et administrative – Impôts, recettes, dépenses – Industrie agricole – Industrie commerciale – Bibliographie.

Costumes de la CorrèzePrenons comme exemple la Corrèze. Il n’y est pas (encore) relevé que ce département est un berceau de Présidents de la République.
Mais nous y apprenons que « ses habitants sont intelligents, actifs, laborieux, naturellement gais, faciles, communicatifs, charitables, généralement nourris dans les sentiments d’une sévère probité, quoique la conscience de leurs droits et peut-être aussi un peu le goût des émotions les rendent assez processifs. Ils ont de la loyauté et de la franchise, une brusquerie qui cache un bon naturel, et une apparence de bonhomie qui couvre aussi parfois de la finesse, de la malice et de la causticité. »

« La ville de Tulle (pop. 8689 h.) est petite, les maisons en sont vieilles et laides, mais elle possède une jolie promenade au bord de la rivière, de beaux quais, des ponts nombreux, une église semi-gothique, semi-carlovingienne, dont la flèche élancée a la hardiesse de l’élégance, un palais de justice bien distribué, de vastes bâtiments consacrés à la manufacture d’armes, un bel hôpital bien tenu, une caserne de gendarmerie, une prison départementale, un collège, un séminaire, une salle de spectacle et une bibliothèque riche de 2000 volumes. On trouve d’ailleurs chez les habitants un grand penchant aux embellissements. Aussi peut-on espérer d’y voir dans quelques années des rues garnies de beaux édifices et des places régulières. »

Tulle« Les Courses de Tulle ont été supprimées il y a quelques années – Le département de la Corrèze a le bonheur de ne renfermer aucun bureau de loterie. – Il y a à Tulle une Société savante d’Agriculture. »

« Le département paie annuellement à l’État 1,5 millions de francs de plus qu’il ne reçoit. Cette extraction énorme de numéraire suffit pour expliquer comment l’industrie manufacturière ne prend aucun développement, et comment l’industrie agricole reste dans un état de langueur et de déperrissement. Il n’y a pas de capitaux dans le pays, et il ne peut y en avoir. La misère sera son lot tant qu’une plus équitable distribution des impôts n’aura pas été adoptée. Il n’y a pas lieu de s’étonner que la Corrèze n’ait rien envoyé à la dernière Exposition générale des produits de l’industrie. »

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Pionnier du genre, cet ouvrage ouvrira la voie aux travaux de Victor Malte-Brun, auteur d’une Géographie universelle : La France Illustrée, 1853 – d’Adolphe Joanne pour Hachette : Itinéraire général de la France, 1861-1869 – de Jules Verne pour Hetzel : Géographie illustrée de la France et de ses colonies, 1868 – et d’Onésime Reclus, Géographie de la France et de ses colonies, 1873.

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Abel Hugo, La France pittoresque

La France pittoresque ou description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France.
Paris, Delloye, 1835. 3 volumes 28 x 19 cms. 320 pages chacun.
Illustré de 98 cartes, 8 plans dont un grand dépliant de Paris, et de 362 planches hors-texte gravées sur acier.
Reliure demi-basane, dos lisses ornés de frises, titre et tomaison dorés.
Coins émoussés, plats frottés, rousseurs éparses.
Bon état général. 300 € + port

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