Le Droit français fut-il un jour poétique ?

Giambattista Vico, philosophe italien du XVIIe siècle, affirmait que « l’ancienne jurisprudence était toute poétique. »

Jules MicheletEst-ce le cas du Droit français ? se demanda le jeune Michelet.

« Quand cette recherche immense ne donnerait qu’une solution négative, elle n’en serait pas moins utile. Si le droit français a eu un âge poétique, il est bien difficile que cet âge ait péri sans laisser de traces. Si donc ces traces se réduisent à peu de choses, il en faudrait conclure que la France a eu de bonne heure indigence, sinon de toute poésie, au moins de cette poésie qui vit d’images et de symboles. Pour la poésie de mouvement, la poésie passionnée et raisonneuse, elle ne nous a jamais manqué. »

Pour répondre, Michelet se livre à une éblouissante revue des Droits et coutumes antiques, afin d’en extraire la poésie des formulations, ou bien la poésie sous-jacente, avec comme plan « la biographie juridique de l’homme, de la naissance à la mort. »

Il exhume des usages parfois fort savoureux :
– Chez les Bavarois, l’injure faite à la femme est payée au double de celle faite à l’homme, car « la femme n’a pu se défendre par les armes ».
– Le jeu de la main chaude rappelle l’épreuve formidable où la main de l’homme assassiné étant apportée au tribunal, chacun venait jurer sur cette main, chaude encore, qu’il était innocent du meurtre.
– Les mariages des veuves doivent avoir lieu la nuit, ce sont, dans notre vieux langage, des noces réchauffées.Congrès Juridique International
– Lois galloises : Si le mari est lépreux ou impuissant, ou s’il a mauvaise haleine, la femme peut l’abandonner sans rien perdre de ce qui doit lui revenir.
– S’il arrivait que quelqu’un abattit un arbre de manière que le coup de hache ne se pût entendre, ce serait un vol.
– En Bretagne, lorsqu’il arrive un décès ou que l’on célèbre des noces, les ruches sont couvertes de mouchoirs rouges ou noirs.
– La route qui conduit de la ville à la fontaine doit être assez large pour que deux femmes puissent y passer côte à côte avec leurs cruches. La mesure d’un chemin de traverse, c’est que deux chiens y passent sans se gêner.

Cependant, la réponse semble négative : « La France, en cela différente de tous les peuples, aurait-elle commencé dans son droit par la prose ? Offrirait-elle l’unique exemple d’une nation prosaïque à son premier âge, mûre à sa naissance, raisonneuse et logicienne en naissant ? Ou bien, tout ce qu’elle eut de poétiques formules, de symboles juridiques, aurait-il à jamais péri ? »

Oui, en quelque sorte : si notre Droit ancien renfermait une certaine forme de poésie, ce fut sous l’influence du Droit allemand, vite oublié, et remplacé par le Droit romain : « La France est le vrai continuateur de Rome. Elle poursuit l’oeuvre de l’interprétation. Travail logique, anti-symbolique. »

Mais si ce Droit est « humain, c’est-à-dire non divin, sans mystère, sans symbole (tout symbole est une équivoque, ainsi que toute poésie), ce n’est pas impunément que la loi néglige la forme, qu’elle devient prolixe, inélégante. Son efficacité est gravement compromise. Il y a une sanction dans la beauté. Le beau est le frère du juste. »

Seul Michelet pouvait donner du souffle à un ouvrage qui est moins un recueil ordonné de coutumes qu’une réflexion sur la symbolique du Droit à travers l’histoire.

Michelet - Origines du Droit Français

MICHELET Jules

Origines du Droit français cherchées dans les symboles et formules du Droit universel

Paris, Hachette, 1837, édition originale.
Un volume 22 x 14 cms. CXXIV-452 pages.
Demi reliure, dos à 5 nerfs et pièces de titre.
Petits accrocs au dos, traces de mouillures claires et rousseurs sur certains cahiers, sans impact sur la lecture.

75 € + port

Le prix du livre…

« C’est un livre rare, déclara le bouquiniste. (Et pour me le prouver, il fit subir une majoration impromptue de 10 francs au prix marqué au crayon, lequel était déjà le double de celui de l’édition). »

Léo Malet. Nestor Burma contre C.Q.F.D.

Une librairie

Chastanet, Ramond, et les personnages de Zola

Le Petit Journal - 31 juillet 1898

En 1898, en pleine Affaire Dreyfus, Ferdinand Chastanet, Administrateur au Théâtre Antoine, commence la rédaction d’un Dictionnaire des Personnages des Rougon-Macquart, la série romanesque de Zola parue en vingt volumes de 1871 à 1893.

Dans son esprit, il ne s’agit pas tant d’un travail littéraire que d’une forme de soutien à celui qui devra s’exiler presque un an en Angleterre afin d’échapper à la peine de prison pour diffamation que lui avait valu son retentissant article J’accuse.

Dictionnaire des Personnages des Rougon-MacquartChastanet ne destinait initialement son ouvrage qu’au seul Zola. Mais l’éditeur Fasquelle, à qui il avait remis le manuscrit, le publia en 1901, sans nom d’auteur, dans sa collection « Bibliothèque Charpentier », qui avait accueilli les autres volumes de la série.

Seule une courte préface, signée « F.-C. Ramond », précédait ce Dictionnaire.

Chastanet avait choisi comme pseudonyme le nom de l’assistant du Docteur Pascal, dans le roman éponyme, dernier du cycle. C’est à Ramond que le Docteur Pascal voulait que soient transmis après sa mort les dossiers de sa grande étude sur l’hérédité. Mais Félicité Rougon, qui craignait que leur contenu ne jette une lumière trop crue sur sa famille, les aura brûlés avant qu’il puisse en prendre possession.

Ce livre est de loin le plus complet des ouvrages du même ordre, car il fournit des notices très détaillées. Bien plus que celles figurant dans le Dictionnaire Zola paru dans le collection Bouquins en 1993. L’édition des Rougon-Macquart dans la Pléiade ne comporte, elle, qu’un simple index.

Zola dans son cabinet de travail

RAMOND F.-C.
Les Personnages des Rougon-Macquart, pour servir à la lecture et à l’étude de l’oeuvre d’Emile Zola
Paris, Bibliothèque Charpentier, Fasquelle, 1925.
Un volume broché 18,5 x 12 cms. VI-478 pages.
Demi reliure, dos à trois nerfs, titre doré.
Un accroc au dos. Pages jaunies, sinon bon état.
35 € + port

Quand la France était industrialisée…

Il fut un temps béni où la description des Grandes Usines de France permettait de remplir 19 volumes de plus de 300 pages chacun.

C’est la tâche à laquelle s’était attelé Julien Turgan (1824-1887)

Turgan vu par L'Univers Illustré

« Il étudia d’abord la médecine, devint interne des hôpitaux et se signala, lors des journées de Juin et pendant l’épidémie cholérique qui sévit en 1848, par des actes de dévouement dont il fut récompensé par deux médailles d’or. Lorsque Victor Hugo fonda, cette même année, L’Evénement, M. Turgan entra à ce journal comme rédacteur scientifique, puis il passa, au même titre, au Bien-être universel, feuille créée par M. E. de Girardin, et fonda lui-même un journal de vulgarisation scientifique sous le titre de : La Fabrique, la ferme et l’atelier. M. Grün s’étant retiré du Moniteur universel en 1852, M. Turgan fut appelé à devenir, conjointement avec M. Paul Dalloz, directeur du journal officiel, fonctions dont il se démit au bout de quelques années. Pendant l’invasion prussienne, M. Turgan se mit à la disposition du ministre de la guerre, M. Gambetta, et fut chargé par lui d’une importante mission auprès des usines qui fabriquent des armes et des munitions. Ce savant a publié par livraisons un ouvrage aussi important que remarquable sous ce titre : Les Grandes usines de France, tableau de l’industrie française au XIXe siècle. On lui doit en outre : Les Ballons, histoire de la locomotion aérienne (1851, in-18), et des Etudes sur l’Exposition universelle de 1867 (1868, in-8). » Pierre Larousse. Grand Dictionnaire Universel.

Parue en 360 livraisons étalées sur une période de 25 ans, cette étude se veut « une sorte de bilan des progrès matériels de l’humanité. » (extrait de la Préface).

S’il n’en revendique pas expressément la filiation, Les Grandes Usines est aussi une mise à jour partielle de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, parue un siècle plus tôt. Mais contrairement à celle-ci, il ne s’agit plus de décrire un métier, mais de rédiger une monographie fouillée sur une usine particulière, en décrivant le plus précisément possible les processus qu’elle utilise. Ou bien, tout simplement, d’exposer les détails de découvertes récentes à l’époque, comme par exemple l’electro-métallurgie.

Turgan - Les Grandes Usines

L’ensemble des 19 volumes  a été numérisé par le CNAM (ici).

Nous disposons des trois premiers, dont deux dédicacés, regroupant les soixante premières livraisons.

Turgan - Les Grandes Usines - 3 volumes - Livraisons 1 à 60

TURGAN
Les Grandes usines de France, tableau de l’industrie française au XIXe siècle. 3 volumes. Paris, Librairie Nouvelle Bourdilliat (volume I), Michel Lévy (volumes II et III), 1860, 1862, 1863.
Trois volumes 27 x 20 cms. 320 pages par volume. Illustrations in et hors texte. Demi reliure à coins. Dos à 5 nerfs, caissons à filets dorés. Tranches dorées. Livraisons 1 à 60.
Quelques frottements à la reliure. Très bon état intérieur. Envoi de l’auteur aux deux premiers volumes.
250 € + port

Dédicace de TurganContient :
Volume I : Les Gobelins ; Les Moulins de Saint-Maur ; L’Imprimerie impériale ; L’Usine des bougies de Clichy ; La Papeterie d’Essonne ; Sèvres ; L’Orfèvrerie Christofle.
Volume II : Les Établissements Derosne et Cail ; La Savonnerie Arnavon ; La Monnaie ; La Manufacture impériale des tabacs ; La Literie Tucker ; La Manufacture de pianos ; La Filature Davin.
Volume III : La Manufacture de glaces de Saint-Gobain ; Les Omnibus de Paris ; Les Charbonnages des Bouches-du-Rhône ; L’Usine électro-métallurgique d’Auteuil ; La Boulangerie centrale des Hopitaux de Paris ; La Filature de coton ; Les Pépinières d’André Leroy ; Les Usines à gaz ; La Manufacture d’impressions sur étoffes de Mulhouse ; Les Acieries Jackson et Cie ; La Cristallerie de Baccarat.

Peut-il y avoir une poésie militaire ?

En 1831, dans le tome vingt-huitième de la Revue de Paris, un certain Baron, de Bruxelles, soutient qu’elle « se trouve partout, chez les anciens et chez les modernes, au nord comme au midi, dans la barbarie comme dans la civilisation ; partout on s’est battu, et l’on a chanté en se battant. »

Si tel est le cas, son histoire reste à faire, bien au-delà de la simple Anthologie de la poésie légionnaire, parue il y a une dizaine d’années.

Etat des Services du Général BruneauJean, Paul, Hilaire, Prosper Bruneau est né en 1848 à Sedan. A 18 ans, il rejoint l’École Impériale Spéciale Militaire, dont il sort à 20 ans avec un rang fort honorable. Il est immédiatement envoyé en Afrique du Nord, où il effectuera toute sa carrière, à l’exception des deux guerres contre l’Allemagne.

Diplômé de l’École d’État-Major en 1877, il gravit tous les échelons, prend sa retraite en 1913 avec le grade de Général de Division, et se trouve rappelé en Septembre 1914.

C’est sur ses vieux jours qu’il commence à publier : Paroles d’un soldat paraît en 1911, l’Histoire d’une compagnie de Zouaves pensant la guerre de 1870 l’année suivante.

Chasse au "sanglier marabout"

En 1913, il donne à L’Illustration des Souvenirs d’Algérie dans lesquels, loin des clichés colonialistes, il fait preuve d’un humour très fin et d’un certain sens de l’autodérision, par exemple dans le récit de ses déboires avec un « sanglier-marabout ». Son texte paraît dans le même volume que Rouletabille chez le Tsar.

En 1916, il publie Vers Héroïques, poèmes à lire et à dire, recueil dans lequel il tente de rendre compte de son expérience au front.

Ces deux extraits résolvent-ils la question : Peut-il y avoir une poésie militaire ?

mitrailleuse

La Mitrailleuse

Invention du Diable, horrible moissonneuse
Qui fauches d’un seul coup les hardis bataillons
Et brises leur élan mieux que tous les canons,
Tout vrai soldat te hait, arme des lâches, gueuse !

 De nos Vosges au Rhin, de l’Escaut à la Meuse,
Tu as beau décimer nos héros en haillons
Et les coucher sanglants au travers des sillons
Nous vaincrons malgré toi, sinistre mitrailleuse !

Car tu n’es après tout qu’un malfaisant roquet,
Et pour te museler, la France a son secret,
Un secret merveilleux qu’elle possède seule.

 Et tu tombes les reins brisés par un boulet
Quand le Soixante-Quinze, en un clin d’oeil a fait
Le geste qu’il fallait pour te casser la gueule !

– – –

Cambronne à Waterloo

Waterloo

Waterloo, nom fatal, nom sinistre qui gronde
Comme un rugissement de lion expirant,
Bruit sourd de cuirassiers lancés comme un torrent
Sur les carrés anglais. Écroulement d’un monde !

Effrayante mêlée où le sort de la France
Se joua tout un jour sur un rouge tapis
De cadavres sanglants et qui fut indécis
Jusqu’au moment où Dieu fit pencher la balance.

[…]

Mais avant de donner le signal du carnage,
Un général sortit du rang des Écossais
Et cria : « Rendez-vous, braves soldats français ! »
Et comme il n’entendait qu’un grondement de rage,

« Rendez-vous, ou sinon, votre mort est certaine ! »
Et dans l’ombre sa voix résonna comme un glas,
Mais Cambronne élevant le drapeau dans ses bras,
Répondit d’un seul mot qui fit trembler la plaine ;

Un mot prodigieux, brutal, cynique, énorme,
Et ce mot fit rugir les canons et partir
Les fusils. Tout se tut, et le carré martyr
S’écroula dans la nuit ainsi qu’un bloc informe.

– – –

Vers Héroïques

Général BRUNEAU

Vers héroïques, poèmes à lire et à dire

Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1916.

Un volume broché 19,5 x 14 cms. 132 pages.

Très bon état.

Non coupé.

35 € + port

Une photographie haute résolution de la France en 1835

En 1835, la France est sous le régime de la Monarchie de Juillet.Pièce de monnaie à l'effigie de Louis-Philippe
Le Gouvernement est présidé par le duc de Broglie, Guizot est ministre de l’Instruction Publique

En juin, Abd-El-Kader défait les troupes françaises.

En juillet, l’attentat mené par Fieschi contre Louis Philippe fait 18 morts, et sera suivi de lois d’exception

Cette année-là paraissent Le Père Goriot, De la démocratie en Amérique, Servitude et Grandeur militaires, Mademoiselle de Maupin.

Flaubert et Baudelaire n’ont que 14 ans. Zola ne naîtra que 5 ans plus tard.

Abel Hugo, La France Pittoresque

En 1835, la France est peuplée de 32 569 223 habitants, dont 5 729 052 font partie de la Garde Nationale. Il y a 2 062 963 élèves, du Primaire au Supérieur, et « 3 millions d’enfants de 5 à 12 ans privés de toute instruction ».
Le nombre d’indigents est de 1 852 984, celui des mendiants de 75 119.

Plus de 8 millions de personnes paient de 1 à 20 francs d’impôts, et seulement 999 s’acquittent de plus de 4000 francs, pour un rapport total des contributions directes de plus de 367 millions de francs. Les droits indirects rapportent 163 millions, les Postes, 33 millions.
627 830 individus sont « salariés par l’État ».

La division administrative comporte 86 départements : il n’y a que deux départements alpins, la Savoie et le Territoire de Belfort ne font pas encore partie de la France. S’y ajoutent les colonies : État d’Alger, Sénégal et Gorée, Ile Bourbon, Inde Française, Antilles Françaises et Guyane, Saint Pierre et Miquelon, Terre Neuve, Madagascar.

En hectolitres, la production agricole est de 155 millions pour les céréales, 48 millions pour les pommes de terre, et 1,3 millions pour les chataignes. Il y a environ 8 millions de bovins, 35 millions de bêtes à laine, 2,5 millions d’ânes, 4,5 millions de porcs, plus de 2,5 millions de chèvres, et 2,3 millions de chevaux et mulets.
Mais seulement 947 machines à vapeur.

Le pays ne compte encore que quelques dizaines de kilomètres de voies ferrées, principalement entre Saint Étienne et Lyon. Mais il y a déjà 74 canaux, plus 16 « en exécution »

Tableau comparatif des principales montagnes de France

En 1835, Abel Hugo (1798-1855), militaire et littérateur, frère de Victor, fait paraître sous forme de livraisons, La France Pittoresque, ou Description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France.

Les 120 premières pages sont consacrées à des statistiques générales (politique et administrative ; militaire ; maritime ; judiciaire ; de l’instruction publique ; morale ; financière ; agricole ; industrielle ; médicale ; scientifique), bourrées de renseignements extrêmement précis, parmi lesquels se trouvent quelques curiosités :
– une gravure offrant un tableau comparatif des principales montagnes de France

– une autre gravure représentant le comparatif des fleuves et rivières formant les 22 grands bassins de la France
– la description détaillée des différents pavillons que doivent arborer les navires marchands en fonction de leur port d’origine
– des études statistiques fouillées sur la « perversité relative des sexes », à partir des types de crimes commis, ou sur le coût pour la collectivité des enfants trouvés (de 164 francs dans l’Yonne à 57 francs dans le Tarn). De même qu’un « indice de charité » distribué selon que l’on est homme, femme, mariée(e), veuf ou veuve).

Chaque département est décrit en huit pages de texte, accompagnées de 4 gravures dont une carte.

Le plan est immuable : Histoire – Antiquités – Caractères, moeurs, coutumes – Costumes, langage – Notes biographiques – Topographie – Météorologie – Histoire Naturelle – Curiosités naturelles – Villes, bourgs, châteaux – Division politique et administrative – Impôts, recettes, dépenses – Industrie agricole – Industrie commerciale – Bibliographie.

Costumes de la CorrèzePrenons comme exemple la Corrèze. Il n’y est pas (encore) relevé que ce département est un berceau de Présidents de la République.
Mais nous y apprenons que « ses habitants sont intelligents, actifs, laborieux, naturellement gais, faciles, communicatifs, charitables, généralement nourris dans les sentiments d’une sévère probité, quoique la conscience de leurs droits et peut-être aussi un peu le goût des émotions les rendent assez processifs. Ils ont de la loyauté et de la franchise, une brusquerie qui cache un bon naturel, et une apparence de bonhomie qui couvre aussi parfois de la finesse, de la malice et de la causticité. »

« La ville de Tulle (pop. 8689 h.) est petite, les maisons en sont vieilles et laides, mais elle possède une jolie promenade au bord de la rivière, de beaux quais, des ponts nombreux, une église semi-gothique, semi-carlovingienne, dont la flèche élancée a la hardiesse de l’élégance, un palais de justice bien distribué, de vastes bâtiments consacrés à la manufacture d’armes, un bel hôpital bien tenu, une caserne de gendarmerie, une prison départementale, un collège, un séminaire, une salle de spectacle et une bibliothèque riche de 2000 volumes. On trouve d’ailleurs chez les habitants un grand penchant aux embellissements. Aussi peut-on espérer d’y voir dans quelques années des rues garnies de beaux édifices et des places régulières. »

Tulle« Les Courses de Tulle ont été supprimées il y a quelques années – Le département de la Corrèze a le bonheur de ne renfermer aucun bureau de loterie. – Il y a à Tulle une Société savante d’Agriculture. »

« Le département paie annuellement à l’État 1,5 millions de francs de plus qu’il ne reçoit. Cette extraction énorme de numéraire suffit pour expliquer comment l’industrie manufacturière ne prend aucun développement, et comment l’industrie agricole reste dans un état de langueur et de déperrissement. Il n’y a pas de capitaux dans le pays, et il ne peut y en avoir. La misère sera son lot tant qu’une plus équitable distribution des impôts n’aura pas été adoptée. Il n’y a pas lieu de s’étonner que la Corrèze n’ait rien envoyé à la dernière Exposition générale des produits de l’industrie. »

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Pionnier du genre, cet ouvrage ouvrira la voie aux travaux de Victor Malte-Brun, auteur d’une Géographie universelle : La France Illustrée, 1853 – d’Adolphe Joanne pour Hachette : Itinéraire général de la France, 1861-1869 – de Jules Verne pour Hetzel : Géographie illustrée de la France et de ses colonies, 1868 – et d’Onésime Reclus, Géographie de la France et de ses colonies, 1873.

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Abel Hugo, La France pittoresque

La France pittoresque ou description pittoresque, topographique et statistique des départements et colonies de la France.
Paris, Delloye, 1835. 3 volumes 28 x 19 cms. 320 pages chacun.
Illustré de 98 cartes, 8 plans dont un grand dépliant de Paris, et de 362 planches hors-texte gravées sur acier.
Reliure demi-basane, dos lisses ornés de frises, titre et tomaison dorés.
Coins émoussés, plats frottés, rousseurs éparses.
Bon état général. 300 € + port