Paris et ses organes au XIXe siècle

Portrait de Maxime du Camp

Si Maxime du Camp (1822-1894) n’a pas totalement sombré dans l’oubli, c’est pour trois raisons :
Avoir été l’ami de Flaubert ;
S’être illustré dans la photographie ;
Avoir laissé des Souvenirs Littéraires.

1. L’Ami de Flaubert

Du Camp et Flaubert sont intimes dans leur jeunesse. Ils parcourent ensemble la Bretagne à pied pendant 3 mois en 1847, et en rapportent un récit de voyage (Par les champs et par les grèves) dont l’un a écrit les chapitres pairs, l’autre les chapitres impairs.

De 1849 à 1851, ils voyagent ensemble en Orient : Égypte, Liban, Terre Sainte, Turquie, Grèce, Italie. C’est en Égypte que Du Camp réalisera son travail de photographe.

Leur amitié se gâte au retour de ce voyage : Du Camp veut « arriver », Flaubert veut se consacrer hautainement à la Littérature, et commence la rédaction de Madame Bovary. Même si c’est la Revue de Paris, dont Du Camp est un des dirigeants, qui publie ce roman, leurs relations resteront distendues jusqu’à la mort de Flaubert en 1880, quoiqu’en prétende Du Camp dans ses Mémoires.

C’est dans cet ouvrage qu’il révèlera que Flaubert était épileptique, s’attirant en retour la protestation de Maupassant, qui publiera une vieille lettre de Du Camp suggérant à Flaubert de nombreuses coupures dans Madame Bovary.
« Gigantesque ! » avait écrit Flaubert en marge…

2. Le Photographe

Passionné par cette nouvelle technique, Du Camp emmène en Égypte tout le matériel nécessaire à la réalisation du premier reportage photographique sur ce pays. Il tirera 214 négatifs, qui seront publiés à son retour, et lui vaudront la Légion d’Honneur.

Photographier en plein air était à l’époque très compliqué. Un article très documenté de Nicolas Le Guern décrit les conditions de réalisation de ces clichés, et tente de déterminer le procédé utilisé.

Ces photographies sont visibles sur Gallica

Le Sphinx et les Pyramides

Souvenirs Littéraires, de Maxime du Camp

3. Le Mémorialiste

Parus en 1882 et 1883, les Souvenirs Littéraires, bien qu’un peu gâchés par la prétention de Du Camp à toujours se mettre en scène, bien entendu dans le beau rôle, méritent un petit détour. On y croise bien sûr Flaubert, mais aussi Baudelaire, Poe, Théophile Gautier et tout le milieu de la presse littéraire de l’époque. Réédités, ils ont été précédés d’une lumineuse préface de Daniel Oster.

– – – – – – – –

Le reste de l’oeuvre de Du Camp mérite peu d’attention.

Que ce soient ses poèmes :
« Seigneur, votre arc-en-ciel brille sur les nuages ;
Il s’étend dans les airs comme un grand pont de feu.
La pluie en frissonnant s’égoutte des feuillages,
Et le soleil voilé cherche un coin de ciel bleu ! »
Les Chants modernes (1855)

Que ce soient ses romans, dont les seuls titres incitent à la fuite (L’Homme au bracelet d’or ; Le Chevalier au coeur saignant ; Les Buveurs de cendre), ou ses oeuvres en partie autobiographiques (Les Forces perdues ; Mémoires d’un suicidé)

Que ce soit sa violente charge anti-communarde, Les Convulsions de Paris, qui fit du bruit.
Commentaire de Flaubert : « L’Histoire de la Commune de Du Camp vient de faire condamner un homme aux galères. C’est une histoire horrible. – J’aime mieux qu’elle soit sur sa conscience que sur la mienne. J’en ai été malade, toute la journée d’hier. Mon vieil ami a maintenant une triste réputation – une vraie tache ! – S’il avait aimé le style, au lieu d’aimer le bruit, il n’en serait pas là. » À sa nièce Caroline. [10 septembre 1878].

Paris, ses organes, sa fonction et sa vie

Mais il est une oeuvre de Du Camp qui mérite grandement mieux que l’oubli où elle a sombré : son reportage en six volumes, intitulé Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Il s’est expliqué sur ses intentions dans son Introduction : « Je n’ai point l’intention de faire une monographie de Paris, encore moins d’écrire son histoire. […] Paris étant un grand corps, j’ai essayé d’en faire l’anatomie. Toute mon ambition est d’apprendre au Parisien comment il vit et en vertu de quelles lois physiques fonctionnent les organes administratifs dont il se sert à chaque minute, sans avoir jamais pensé à étudier les différents rouages d’un si vaste, d’un si ingénieux mécanisme. »

La Table des Matières permet de mesurer l’ampleur du sujet, et l’angle d’attaque adopté :
La Poste aux lettres. Le Télégraphe. Les Voitures publiques. Les Chemins de fer. La Seine à Paris. L’Alimentation. Le Pain, la viande et le vin. Les Halles centrales. Le Tabac. La Monnaie. La Banque de France. Les Malfaiteurs. La Police. La Cour d’Assises. Les Prisons. La Guillotine. La Prostitution. La Mendicité. L’Assistance publique. Les Hôpitaux. Les Enfants trouvés. La Vieillesse. Les Aliénés. Le Mont-de-piété. L’Enseignement. Les Sourds-muets. Les Jeunes-aveugles. Le Service des eaux. L’Éclairage. Les Égouts. La Fortune de Paris. L’État-civil. Les Cimetières. Les Organes accessoires. Le Parisien.

Comme Zola le fera plus tard, il se documente sur place. Mais l’intention est tout autre : Zola visite les Halles pour situer l’intrigue du Ventre de Paris dans un décor vrai. Pour Du Camp, les Halles sont le personnage. Il s’agit de le décrire, et d’expliquer son fonctionnement.

Du Camp vient d’inventer le grand reportage.

« Paris m’apparut tout à coup comme un corps immense, dont chaque fonction était mise en œuvre par des organes spéciaux, surveillés, et de singulière précision. […] J’étais décidé à étudier un à un tous les rouages qui donnent le mouvement à l’existence de Paris. […] J’ai été stupéfait du bien-être que je ressentis lorsque, au lieu des conceptions nuageuses des vers et du roman, je saisis quelque chose de résistant sur quoi je pouvais m’appuyer, dont je dégageais l’inconnue, dont chaque point touché était une révélation qui […] me maintenait dans une réalité dont les ressources me remplissaient d’admiration. […] Cela prouve, me dira-t-on, que je n’étais ni poète ni romancier ; je le sais bien. » (Souvenirs littéraires).

Il faudrait d’ailleurs, en adoptant le même point de vue, décrire le Paris actuel…

Ce travail de Du Camp sur Paris a été étudié en détail par Alain Corbin dans un article de la revue Sociétés et Représentations, dont le texte est en ligne.

Paris, ses organes, sa fonction et sa vie

Nous vous proposons la cinquième édition de cet ouvrage :

DU CAMP Maxime
Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle. 6/6
Paris, Hachette, 1875, cinquième édition.
Six volumes 18,5 x 12,5 cms. 394 + 372 + 424 + 437 + 399 + 462 pages.
Pleines reliures faux vélin beige. Dos lisses ornés d’un fleuron à froid et de filets dorés. Pièces de titre. Pages non rognées. Dos un peu insolé, sinon bon état. Sans rousseurs.
200 €

Autres ouvrages de Maxime du Camp disponibles :
Mémoires d’un suicidé. Paris, Marpon et Flammarion, sans date (1890). Un volume broché 17 x 11 cms. VIII-311 pages. Bon état. 15 €
Les Forces perdues. Paris, Michel Lévy Frères, 1867, édition originale. Un volume broché 18,5 x 12 cms. 313 pages + 36 pages du catalogue Mars 1867. Bon état. 35 €
Les Convulsions de Paris. 4/4. Paris, Hachette, 1878 à 1880, deuxième édition. 4 volumes 21 x 13 cms. 543 + 506 + 515 + 542 pages. Demi reliure rouge. Dos à 4 nerfs avec importants manques et étiquettes de bibliothèque. Coiffes, coins, bords et plats frottés. Texte frais, rares rousseurs. Tampons de bibliothèque de garnison.125 €

Cette entrée a été publiée dans Paris.

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