Un Péladan dédicacé

Péladan à 30ans vu par Pierre Chaux

Original, excentrique, érudit, occultiste, symboliste, décadent, mage et Sâr autoproclamé, c’est sûr.

Génie ou fou ? c’est selon.

Joséphin Péladan (1859-1918) se définissait comme « contrebandier de la métaphysique ». Atteint d’une forme aiguë de logorrhée scripturale, il a commis, entre bien d’autres, un cycle romanesque en 21 volumes, publiés de 1884 à 1925 : Éthopée, La Décadence latine.

Il s’agit de faire le procès de l’avilissement de l’homme, et d’esquisser quelques pistes de régénération spirituelle.

On y trouve des pépites, parfois dignes de Salammbô, ou comparables à du Gustave Moreau écrit. Souvent l’intrigue est peu ficelée, parsemée d’envolées lyriques et de morceaux de bravoure.

La devise de Péladan : Vives unguibus et morsu. Tu vivras par la griffe et par la dent.

Sur la vie et l’oeuvre de Péladan on peut lire avec profit le livre très fouillé de Christophe Beaufils, Joséphin Péladan, essai sur une maladie du lyrisme, dont d’importants extraits sont disponibles sur Google Books.

Débrouiller la pensée et les idées de Péladan est une tâche assez ardue. Michèle Besnard-Coursodon y réussit brillamment dans un article de la revue Romantisme (ici), où il est beaucoup question du volume que nous vous proposons aujourd’hui : Curieuse !

Curieuse !Frontispice de Félicien-Rops pour Curieuse !Deuxième volume de La Décadence Latine , ce roman est « consacré uniquement à la description des vices de l’homme moderne, l’intrigue romanesque y est quasi nulle. Le thème de Curieuse ! peut se résumer ainsi : l’effort tenté par le mage Nebo pour cuirasser une vierge, la jeune princesse russe Paule de Riazan, contre la concupiscence de l’homme moderne ; fidèle à la méthode homéopathique, et voulant traiter le semblable par le semblable, Nebo promènera, durant quinze nuits, son élève déguisée en homme, dans tous les milieux louches de Paris. Elle verra du haut en bas de l’échelle sociale, le vice à l’oeuvre, la Bête qui apparaît sous le mince vernis d’une pseudo-civilisation. » (résumé par Ed. Bertholet. La pensée et les secrets du Sâr Joséphin Péladan. Tome IV : Péladan romancier et moraliste. Lausanne, Paris, Éditions Rosicruciennes, 1958).

Frontispice de "Comment on devient Mage"

Dédicace de Curieuse !Curieuse !

PELADAN Joséphin.
La Décadence latine, Éthopée.
Volume II : Curieuse !
Frontispice à l’eau-forte de Félicien Rops.
Édition Originale avec envoi de l’auteur
à Victor Fournel.
Paris, Librairie de la Presse,
A. Laurent, éditeur, 1886.
Un volume 19 x 13 cms.IV-364 pages.
Cartonnage récent à la Bradel, dos lisse, plats originaux contrecollés.
Pages non rognées.
Très bon état. 250 €

Du rôle des coups de bâton dans les relations sociales et, en particulier, dans l’histoire littéraire

dictionnaire des injures littérairesAvant le Politiquement Correct, il y eut l’invective et l’injure :

« Nietzsche, un tzigane »

« Aragon, tant et tant d’arrivisme pour arriver si peu ! »

« Mallarmé, intraduisible, même en français »

« Baudelaire réunit la pauvreté du chiffonnier, le sarcasme du mendiant, le désespoir du parasite »

(voir le Dictionnaire des Injures Littéraires, de Pierre Chalmin qui vient de sortir en Poche ; ainsi que le dossier de la revue COnTEXTES, intitulé Querelles d’écrivains (XIXe-XXIe siècles) : de la dispute à la polémique)

Du rôle des coups de bâton...

Mais au XVIIe siècle, les arguments étaient plus frappants.

Victor Fournel nous en administre la preuve, tout en ne restreignant pas son sujet, ce qui serait dommage : « Cette étude, pour s’attacher spécialement aux coups de bâton, n’exclut néanmoins ni les soufflets, ni les coups de poing, ni les coups de pied, ni les autres gentillesses de même nature qu’on n’administrait guère aux écrivains que lorsque l’instrument ordinaire de ces corrections venait à faire défaut. »

Pourquoi tant de haine ?
Parce que les écrivains étaient les domestiques des grandes maisons : « Ils payaient la protection en bons mots et en dédicaces où ils élevaient leur protecteur aux nues, prouvant à grand renfort de textes, que son avènement avait été prédit par Moïse et par les Prophètes». Ils étaient donc parfois châtiés comme les laquais qu’ils étaient devenus.

Mais rassurons-nous. Les Gens de Lettres, entre eux, se traitaient de la même manière, en réponse aux satires et aux épigrammes diverses qu’ils s’échangeaient, ouvertement ou sous pseudonyme.

Méticuleux chroniqueur, Fournel recense le moindre incident, ainsi que les traces qui en demeurent dans les oeuvres des protagonistes ou chez les mémorialistes du temps. Pas moins de 90 noms sont cités dans l’index, et non des moindres, comme Boileau, La Fontaine, Furetière, Racine, Voltaire, Molière (auteur, mais aussi comédien, ceux-ci étant traités encore plus rudement).

Même principe, autre application chez nos voisins anglais : Fournel nous éclaire sur les différences culturelles en citant des passages d’un texte de Fielding intitulé Dissertation sur les coups de pied au derrière

autre coup de bâtoncoup de bâton

Victor FOURNEL
Du rôle des coups de bâton dans les relations sociales et, en particulier, dans l’histoire littéraire.
Paris, Delahays, 1858.
Un volume 13,5 x 9,5 cms. 252 pages.

Demi reliure percaline, dos lisse à motif fleuri,
pièce de titre.

Couverture originale conservée.
Bon état, malgré des rousseurs éparses.

60 €

Faut-il être morose pour devenir bibliographe ?

Portrait de Jean-Charles Brunet

Faut-il être morose pour devenir bibliographe ?

… Ou bien la Bibliographie rend-elle morose ?

 Jean-Charles Brunet (1780-1867), le plus célèbre des bibliographes, n’avait pas l’air très gai.

Est-ce le spectacle du monde qui l’avait incité à se réfugier dans ses fiches ?

Ou bien porte-t-il le deuil de tous les livres oubliés qu’il a catalogués ?

Paris et ses organes au XIXe siècle

Portrait de Maxime du Camp

Si Maxime du Camp (1822-1894) n’a pas totalement sombré dans l’oubli, c’est pour trois raisons :
Avoir été l’ami de Flaubert ;
S’être illustré dans la photographie ;
Avoir laissé des Souvenirs Littéraires.

1. L’Ami de Flaubert

Du Camp et Flaubert sont intimes dans leur jeunesse. Ils parcourent ensemble la Bretagne à pied pendant 3 mois en 1847, et en rapportent un récit de voyage (Par les champs et par les grèves) dont l’un a écrit les chapitres pairs, l’autre les chapitres impairs.

De 1849 à 1851, ils voyagent ensemble en Orient : Égypte, Liban, Terre Sainte, Turquie, Grèce, Italie. C’est en Égypte que Du Camp réalisera son travail de photographe.

Leur amitié se gâte au retour de ce voyage : Du Camp veut « arriver », Flaubert veut se consacrer hautainement à la Littérature, et commence la rédaction de Madame Bovary. Même si c’est la Revue de Paris, dont Du Camp est un des dirigeants, qui publie ce roman, leurs relations resteront distendues jusqu’à la mort de Flaubert en 1880, quoiqu’en prétende Du Camp dans ses Mémoires.

C’est dans cet ouvrage qu’il révèlera que Flaubert était épileptique, s’attirant en retour la protestation de Maupassant, qui publiera une vieille lettre de Du Camp suggérant à Flaubert de nombreuses coupures dans Madame Bovary.
« Gigantesque ! » avait écrit Flaubert en marge…

2. Le Photographe

Passionné par cette nouvelle technique, Du Camp emmène en Égypte tout le matériel nécessaire à la réalisation du premier reportage photographique sur ce pays. Il tirera 214 négatifs, qui seront publiés à son retour, et lui vaudront la Légion d’Honneur.

Photographier en plein air était à l’époque très compliqué. Un article très documenté de Nicolas Le Guern décrit les conditions de réalisation de ces clichés, et tente de déterminer le procédé utilisé.

Ces photographies sont visibles sur Gallica

Le Sphinx et les Pyramides

Souvenirs Littéraires, de Maxime du Camp

3. Le Mémorialiste

Parus en 1882 et 1883, les Souvenirs Littéraires, bien qu’un peu gâchés par la prétention de Du Camp à toujours se mettre en scène, bien entendu dans le beau rôle, méritent un petit détour. On y croise bien sûr Flaubert, mais aussi Baudelaire, Poe, Théophile Gautier et tout le milieu de la presse littéraire de l’époque. Réédités, ils ont été précédés d’une lumineuse préface de Daniel Oster.

– – – – – – – –

Le reste de l’oeuvre de Du Camp mérite peu d’attention.

Que ce soient ses poèmes :
« Seigneur, votre arc-en-ciel brille sur les nuages ;
Il s’étend dans les airs comme un grand pont de feu.
La pluie en frissonnant s’égoutte des feuillages,
Et le soleil voilé cherche un coin de ciel bleu ! »
Les Chants modernes (1855)

Que ce soient ses romans, dont les seuls titres incitent à la fuite (L’Homme au bracelet d’or ; Le Chevalier au coeur saignant ; Les Buveurs de cendre), ou ses oeuvres en partie autobiographiques (Les Forces perdues ; Mémoires d’un suicidé)

Que ce soit sa violente charge anti-communarde, Les Convulsions de Paris, qui fit du bruit.
Commentaire de Flaubert : « L’Histoire de la Commune de Du Camp vient de faire condamner un homme aux galères. C’est une histoire horrible. – J’aime mieux qu’elle soit sur sa conscience que sur la mienne. J’en ai été malade, toute la journée d’hier. Mon vieil ami a maintenant une triste réputation – une vraie tache ! – S’il avait aimé le style, au lieu d’aimer le bruit, il n’en serait pas là. » À sa nièce Caroline. [10 septembre 1878].

Paris, ses organes, sa fonction et sa vie

Mais il est une oeuvre de Du Camp qui mérite grandement mieux que l’oubli où elle a sombré : son reportage en six volumes, intitulé Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Il s’est expliqué sur ses intentions dans son Introduction : « Je n’ai point l’intention de faire une monographie de Paris, encore moins d’écrire son histoire. […] Paris étant un grand corps, j’ai essayé d’en faire l’anatomie. Toute mon ambition est d’apprendre au Parisien comment il vit et en vertu de quelles lois physiques fonctionnent les organes administratifs dont il se sert à chaque minute, sans avoir jamais pensé à étudier les différents rouages d’un si vaste, d’un si ingénieux mécanisme. »

La Table des Matières permet de mesurer l’ampleur du sujet, et l’angle d’attaque adopté :
La Poste aux lettres. Le Télégraphe. Les Voitures publiques. Les Chemins de fer. La Seine à Paris. L’Alimentation. Le Pain, la viande et le vin. Les Halles centrales. Le Tabac. La Monnaie. La Banque de France. Les Malfaiteurs. La Police. La Cour d’Assises. Les Prisons. La Guillotine. La Prostitution. La Mendicité. L’Assistance publique. Les Hôpitaux. Les Enfants trouvés. La Vieillesse. Les Aliénés. Le Mont-de-piété. L’Enseignement. Les Sourds-muets. Les Jeunes-aveugles. Le Service des eaux. L’Éclairage. Les Égouts. La Fortune de Paris. L’État-civil. Les Cimetières. Les Organes accessoires. Le Parisien.

Comme Zola le fera plus tard, il se documente sur place. Mais l’intention est tout autre : Zola visite les Halles pour situer l’intrigue du Ventre de Paris dans un décor vrai. Pour Du Camp, les Halles sont le personnage. Il s’agit de le décrire, et d’expliquer son fonctionnement.

Du Camp vient d’inventer le grand reportage.

« Paris m’apparut tout à coup comme un corps immense, dont chaque fonction était mise en œuvre par des organes spéciaux, surveillés, et de singulière précision. […] J’étais décidé à étudier un à un tous les rouages qui donnent le mouvement à l’existence de Paris. […] J’ai été stupéfait du bien-être que je ressentis lorsque, au lieu des conceptions nuageuses des vers et du roman, je saisis quelque chose de résistant sur quoi je pouvais m’appuyer, dont je dégageais l’inconnue, dont chaque point touché était une révélation qui […] me maintenait dans une réalité dont les ressources me remplissaient d’admiration. […] Cela prouve, me dira-t-on, que je n’étais ni poète ni romancier ; je le sais bien. » (Souvenirs littéraires).

Il faudrait d’ailleurs, en adoptant le même point de vue, décrire le Paris actuel…

Ce travail de Du Camp sur Paris a été étudié en détail par Alain Corbin dans un article de la revue Sociétés et Représentations, dont le texte est en ligne.

Paris, ses organes, sa fonction et sa vie

Nous vous proposons la cinquième édition de cet ouvrage :

DU CAMP Maxime
Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle. 6/6
Paris, Hachette, 1875, cinquième édition.
Six volumes 18,5 x 12,5 cms. 394 + 372 + 424 + 437 + 399 + 462 pages.
Pleines reliures faux vélin beige. Dos lisses ornés d’un fleuron à froid et de filets dorés. Pièces de titre. Pages non rognées. Dos un peu insolé, sinon bon état. Sans rousseurs.
200 €

Autres ouvrages de Maxime du Camp disponibles :
Mémoires d’un suicidé. Paris, Marpon et Flammarion, sans date (1890). Un volume broché 17 x 11 cms. VIII-311 pages. Bon état. 15 €
Les Forces perdues. Paris, Michel Lévy Frères, 1867, édition originale. Un volume broché 18,5 x 12 cms. 313 pages + 36 pages du catalogue Mars 1867. Bon état. 35 €
Les Convulsions de Paris. 4/4. Paris, Hachette, 1878 à 1880, deuxième édition. 4 volumes 21 x 13 cms. 543 + 506 + 515 + 542 pages. Demi reliure rouge. Dos à 4 nerfs avec importants manques et étiquettes de bibliothèque. Coiffes, coins, bords et plats frottés. Texte frais, rares rousseurs. Tampons de bibliothèque de garnison.125 €

Ce Richelet est-il original ?

Portrait de Richelet
César-Pierr
e Richelet (1626-1698) est l’auteur du premier Dictionnaire français de définitions entièrement monolingue, c’est-à-dire affranchi du latin.
Il utilisa en précurseur les ressources de la typographie afin de permettre au lecteur d’identifier facilement les différentes parties de ses articles (entrées, catégories grammaticales, etc.)
.
Contrairement à l’Académie Française, il ne se refusa pas à rechercher dans les Auteurs des exemples venant illustrer ses définitions, et travailla un peu plus vite : il ne mit que 16 mois pour sa première édition, là où l’Académie mit près de 60 ans…

Son ouvrage dût paraître à Genève car, par privilège royal, seule l’Académie disposait du droit de publier un Dictionnaire de langue entre 1674 et 1714.  La quasi-totalité des exemplaires destinés à la France fut saisie puis détruite par la police du Roi. La légende prétend que l’imprimeur s’en suicida, et que le libraire parisien délateur mourut quelques jours plus tard d’un coup de couteau.

Voici un exemplaire du Dictionnaire de Richelet.
Malheureusement
, il ne comporte pas de page de titre. Dictionnaire de Richelet

Une note dactylographiée à l’intérieur indique qu’il s’agit de la Première Édition, parue en 1680.

Mais faut-il croire cette note ?

Premier réflexe : consulter la description que donne Brunet, dans son « Manuel du libraire« . La voici : « La première partie a 480 pp. plus 10 feuillets non chiffrés, et la seconde 560 pp., suivies de 88 pages contenant des remarques auxquelles fait suite un feuillet d’errata ».

Deuxième réflexe : consulter les éditions qui sont disponibles en ligne. Gallica propose deux exemplaires de l’Édition Originale. La réponse ne fait aucun doute, car il y a de multiples différences.

L’Édition Originale comporte [XX]-88-480-560 pages. Les XX premières pages sont le Titre, la Dédicace, l’Avertissement, les Tables alphabétiques des Auteurs cités et des Abréviations. Les 88 pages suivantes regroupent les « Remarques » que Richelet ajouta à son Dictionnaire après relecture des épreuves. Les 480-560 pages sont le corps du Dictionnaire, en deux parties. A noter que l’ordre de reliure est différent de la description de Brunet, et que l’exemplaire présenté par Gallica ne comporte pas le feuillet d’errata.

Notre exemplaire, quant à lui, se compose de [XIV]-518-582 pages. Les « Remarques » ne sont pas regroupées, mais incluses dans chaque partie, et dans leur pagination (pages 481 à 518 de la première partie ; pages 561 à 582 de la deuxième partie).

Par ailleurs, les bandeaux, culs-de-lampe, lettrines sont différents, ainsi que les signatures des cahiers et la composition de chaque page.

La note incluse dans l’ouvrage est donc erronée, notre exemplaire n’est pas à dater de 1680.

Avertissement de Richelet

Mais alors, de quelle édition s’agit-il ?

Les ouvrages sur Richelet sont fort peu nombreux. On recense une étude de W. Van der Wijk datée de 1923, « La Première édition du Dictionnaire François de Richelet« , qui décrit assez méticuleusement la première édition, mais se borne à donner une liste succinte des éditions ultérieures.

Un fort volume de Gilles Petrequin, « Le Dictionnaire François de P. Richelet (Genève, 1679/1880), étude de métalexicographie historique« , paru en 2009, comporte quelques éléments descriptifs des éditions ultérieures, mais sans les détails susceptibles de nous éclairer.

Laurent Bray - RicheletHeureusement pour nous, Laurent Bray, dans son livre « César-Pierre Richelet, biographie et oeuvre lexicographique » publié en 1986, donne une description minutieuse de toutes les éditions qu’il a pu répertorier et collationner. Il n’en recense pas moins de 65, qu’il a pu consulter, ainsi que 22 « éditions fantômes », c’est-à-dire répertoriées dans une ou plusieurs bibliographies, mais ne se trouvant dans aucun des catalogues de bibliothèques qu’il a pu consulter.

Il fournit en outre un schéma de la filiation de toutes ces éditions, permettant de visualiser apparentements et différences.

Grâce à son travail de bénédictin, nous avons pu identifier notre édition : il s’agit d’une édition de 1694, parue à Genève chez Jean-Jacques Dentand. 

Mais il y a encore un bémol : Cette édition comportait des « Augmentations« , en fin de volume, au nombre de 32 et 170 pages. Celles-ce ne se trouvent pas dans notre exemplaire. Pourquoi ont-elles, ainsi que les pages de titre, été retirées du volume par le relieur ? Mystère…

Qu’importe, nous voici en mesure de compléter la notice de notre catalogue :

RICHELET Pierre. Dictionnaire François de Richelet contenant généralement tous les mots, et plusieurs Remarques sur la Langue Françoise ; Dernière Édition exactement revue, corrigée et augmentée d’un très grand nombre de mots & de phrases, & enrichie de plusieurs nouvelles observations, tant sur la Langue, que sur les Arts et les Sciences. Le tout tiré de l’usage et des meilleurs Auteurs. Divisé en deux tomes.
Genève, Jean-Jacques Dentand, 1694. Deux tomes en un volume 25 x 19,5 cms. [XIV]-518-582 pages. Pleine reliure du temps. Dos à cinq nerfs, caissons ornés et pièce de titre. Quelques éraflures en coiffe, sinon très bon état. Deux ex-libris manuscrits datés de 1780 et de 1786. Manque les pages de titre de chaque tome. Les « Augmentations » de cette édition ne sont pas présentes.
1250 €

cul de lampe

Le libraire idéal – L’idéal du libraire

Mais avant de parler des livres, évoquons le libraire idéal :

Libraire ambulant dans l'ancienne Grèce

 » Le libraire commerçant doit être laborieux, honnête, très économe, actif, entreprenant par degrés, curieux dans ses entreprises, exact dans ses engagements, et ami des savants qu’il doit consulter et beaucoup fréquenter. […]

Libraire romain


La connaissance du mérite et de la rareté des livres exige un si grand travail que la vie de l’homme ne peut suffire pour posséder parfaitement toutes les différentes parties que cette science renferme. […] Dans cette science, comme dans toutes les autres, on acquiert chaque jour de nouvelles connaissances. Les recherches bibliographiques sont si longues et si épineuses qu’un libraire vraiment instruit doit mériter certainement une grande considération. […]

Libraire-voyageur au 16e siècleLe libraire doit aimer la lecture, dont il faut qu’il sache tirer parti ; il doit beaucoup exercer sa mémoire ; connaître les titres des livres, leurs dates, leurs différentes éditions ; savoir distinguer les originales d’avec les contrefaites ; prendre une idée sommaire de chaque ouvrage, soit par la lecture de la préface, de la table des chapitres, ou même d’une partie du livre, pour pouvoir placer différents ouvrages à la classe qui leur convient lorsqu’il aura des catalogues à disposer ; savoir de plus les anecdotes qui donnent un degré de rareté à plusieurs livres ; posséder à fond le système bibliographique le plus universellement reçu. […]

Chez le bouquinisteToutes ces connaissances, quoiqu’assez étendues, ne suffisent pas encore à ce libraire : il faut, de plus, qu’il soit honnête, sociable et de bonne conversation ; qu’il ne cherche point à tromper en vendant un livre pour un autre, une mauvaise édition pour une bonne ; qu’il fréquente les savants, les curieux de livres ; qu’il ait le talent d’étudier le goût du public, de s’y conformer, de lui faire connaître le livres qui peuvent lui convenir, de lui faire désirer les bonnes éditions, quand même elles seraient rares, et de lui faire naître enfin l’envie de se former une bibliothèque précieuse, en commençant par une partie, et l’amenant insensiblement à une autre.

Librairie moderne

Voilà à peu près les connaissances nécessaires aux librairies bibliographes, qui doivent y joindre l’ambition d’une réputation distinguée et bien méritée. »

Gabriel Peignot. Dictionnaire raisonné de Bibliologie. Paris, Renouard, An X – 1802